Les échos du milieu | Le 15 novembre 2018

Allocution de Louise Bédard, lauréate du Prix de la danse de Montréal, catégorie INTERPRÈTE

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Louise Bédard © Angelo Barsetti

«Chers amis, collègues, vous toutes et tous,

Un grand merci pour ce prix qui me touche. Un merci spécial au Regroupement québécois de la danse et à la Caisse Desjardins de la Culture ainsi qu’aux membres du jury et à toute l’équipe des Prix de la danse de Montréal. Je reçois ce prix avec fierté et honneur.

Je remercie également Catherine Gaudet pour le magnifique solo qu’elle m’a donné à interpréter ce dernier printemps. Beau et grand voyage que ce solo. Il m’a mené jusqu’à vous aujourd’hui.

Merci aussi à toutes les créatrices et tous les créateurs qui m’ont offert cette chance inouïe de découvrir des mondes, d’incarner tant de femmes, dans lesquelles j’ai pu projeter des parties de moi-même dont je ne connaissais même pas l’existence. Toutes et tous, vous avez été importants pour moi et pour différentes raisons.

Je ne savais pas, lorsque j’ai dansé pour la première fois sur scène à 17 ans, que c’était le début de quelque chose qui deviendrait plus qu’un engouement passager. Une fleur dans les cheveux, des bottes noires à talon haut, et c’était parti.

Je ne savais pas que ma famille allait être composée d’artistes, de danseurs, de chorégraphes.

Je ne savais pas que j’ausculterais autant le genre humain à travers le métier d’interprète.

Je ne savais pas que chacun des rôles dansés me procurerait le sentiment de me rapprocher de ceux ou celles qui les avaient créés, m’octroyant la chance de pénétrer dans leur univers.

Je ne savais pas que j’allais me demander aujourd’hui comment on perçoit les artistes d’un certain âge, et si nous pouvons exister même si nous ne sommes pas la «dernière saveur du mois».

Je ne savais pas que, même dans le plus profond des découragements occasionnés par les obstacles et les défis du métier, je reviendrais toujours à la danse.

Je ne savais pas que je serais réchappée parfois par une petite claque dans le dos qui me disait: continue.

Je ne savais pas que je pourrais gagner ma vie avec la danse, des applaudissements, un prix.

Je ne savais pas que les mots état, souffle, trouble, grâce, respiration, doute, voie, chemin, seraient mes leitmotivs la vie durant.

Nous sommes chanceuses et chanceux, nos pionniers sont encore présents. Nos pionnières, particulièrement. Elles ont été et sont toujours des modèles pour moi. Je leur souhaite encore longue vie, comme je souhaite longue vie aux créatrices d’aujourd’hui qui parfois écopent de situations difficiles. Je parle de ces femmes artistes d’un certain âge qui ont tracé leur sillon lentement, loin des galaxies d’étoiles filantes, qui perdurent dans le temps avec une fragilité si inquiétante. Résilientes, elles continuent de créer, sans grandes ressources. Faudrait-il qu’elles cèdent leur place? Je ne le crois pas.

J’ai aujourd’hui toujours l’envie d’être dans la danse. J’espère qu’au sein de la grande et effervescente pluralité de signatures artistiques, créée par autant d’artistes matures que de la relève, j’aurai toujours la liberté d’exercer ma profession comme créatrice et interprète à part entière. Le prix que je reçois aujourd’hui est un encouragement pour moi et pour celles qui me suivront.  J’en suis ravie. Encore une fois, merci!»

 

Louise Bédard
Montréal, le 15 novembre 2018

 

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