Représentation et concertation | Le 10 mai 2018 - La lettre de Fabienne Cabado

Retricoter les liens et les imaginaires

Partager
Fabienne Cabado © Adrienne Surprenant

Avec une conférence pour contrer le harcèlement psychologique, trois jours de conversations et de performances autour de la danse autochtone actuelle, un atelier sur la décolonisation du regard et des discussions sur l’inclusion et les spécificités de la scène des danses urbaines, la semaine dernière a offert aux professionnels de la danse des espaces d’apprentissage, de partage et de réflexion sur de brûlantes questions de société. De plus en plus nombreux à chercher quelles réponses y apporter, ils sont engagés dans un processus exigeant qui ouvre grand les perspectives du vivre-ensemble. L’immense défi: transformer les manières de penser et d’agir pour faire une place aux invisibilisés, offrir à tout un chacun l’égalité des chances ainsi que des espaces de croissance et de travail sécuritaires. Des enjeux placés au nombre des priorités du Regroupement québécois de la danse (RQD).

Composé d’une vingtaine de personnes, le comité Inclusion et vivre-ensemble du RQD réfléchit depuis l’automne dernier aux moyens de lutter contre toutes formes de discriminations dans le milieu de la danse québécois, s’intéressant plus particulièrement au racisme systémique et à l’appropriation culturelle. Certains de ses membres questionnent, entre autres, leur rapport à l’organisme qui les réunit. Car, comme la plupart des institutions, le RQD est marqué par la pensée colonialiste dans laquelle s’inscrit son histoire. Ainsi, à l’heure où les artistes autochtones et leurs homologues dits de la diversité culturelle et artistique soulignent l’hégémonie de concepts et modes de fonctionnement élaborés par des instances blanches occidentales, la question se pose des critères en vigueur dans les conseils des arts au Québec pour définir l’art chorégraphique et, par extension, de la légitimité même de l’appellation du RQD jugé non représentatif de l’ensemble de LA danse.

Voilà des idées qui peuvent donner lieu à des levées de boucliers. Tout comme en ont suscité le mouvement #metoo ou le renvoi par une institution théâtrale d’un enseignant aux méthodes trop musclées pour garantir l’intégrité psychique de ses élèves. On peut bien trouver que certaines affirmations, revendications ou mesures sont excessives, on peut bien s’inquiéter de l’impact potentiel d’une rectitude politique sur les libertés individuelles, le fait est que certaines choses jusqu’alors considérées normales ne le sont plus et que chacun est invité à un examen de conscience pour vérifier si ses postures mentales et agissements sont inclusifs et respectueux. Et ce, quels que soient nos identités et groupes d’appartenance.

Le défi peut paraître d’autant plus insurmontable que les rapports de force s’inscrivent dans la société humaine comme ils le sont dans la nature et que les systèmes politico-économiques les renforcent. De fait, le dénominateur commun des fonctionnements que l’on cherche à défaire, ce sont les dynamiques de pouvoir et les abus qui en découlent. Serons-nous capables d’équilibrer les pouvoirs pour des rapports plus harmonieux et des humains plus épanouis dans une société plus juste et plus égalitaire?

 

Fabienne Cabado 
Directrice générale du Regroupement québécois de la danse 

Nouvelle précédente Nouvelle suivante