Valorisation de la discipline | Le 28 janvier 2016

La création en danse à l'ère numérique

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SYMPHONIE 5.1, Van Grimde Corps Secrets, avec Marie-Eve Lafontaine © Jérôme Delapierre

« Je n'ai jamais voulu "faire" du numérique » observait Isabelle Van Grimde lors du 5 à 7 du RQD sur le numérique et la création en danse, le 22 janvier dernier. Pour la chorégraphe de la compagnie Van Grimde Corps Secrets, le numérique est un « outil ». Un outil qui lui a permis de renouveler son approche de l’œuvre chorégraphique et dont elle repéré le potentiel il y a maintenant près de dix ans. En permettant d'explorer différemment le mouvement, voire de penser un nouveau rapport au corps, l'approche numérique est venue nourrir la réflexion de la chorégraphe sur « l'élargissement du champ des perceptions possibles du corps », une réflexion qu'elle a pu ensuite transposer dans son travail scénique. De l'exposition multidisciplinaire Le corps en question(s), mutée en plateforme web interactive, à la plus récente création de la compagnie, Symphonie 5.1, le travail chorégraphique d'Isabelle Van Grimde ne cesse de faire des allers et retours entre réel et virtuel.

 

Des 0 et des 1, oui, mais encore...

Mais au fait, qu'est-ce qu'on entend par technologies numériques? Incursion dans cette mystérieuse matière avec Armando Menicacci, professeur au Département de danse de l'UQAM dont le doctorat a porté sur les relations entre la danse et les technologies numériques. Il était l'invité du RQD au 5 à 7 Danse et numérique.

D’entrée de jeu, Armando Menicacci définit la technologie comme « un faire qui transforme la pensée, un ensemble de techniques qui renouvellent des perceptions fondamentales [et qui ont] le pouvoir de transformer les relations au temps, à l'espace et à la matière. » Temps, espace et matière… Voilà un terreau fertile pour la recherche et la création en danse.

Armando Menicacci voit dans le numérique un outil fabuleux pour renouveler les modes de création : aujourd'hui, le web offre un nouvel espace de création et de diffusion pour la danse; demain, les technologies 3D ouvriront des avenues inattendues. Et après? Selon lui, l'évolution des technologies va générer de profonds bouleversements, tant dans les communications que dans le rapport au corps humain… et de nouvelles danses vont jaillir.

Pour favoriser ces nouvelles émergences, Armando Menicacci prépare justement la création d'un futur laboratoire de recherche-création et technologies au département de danse de l'UQAM, le LAVI, Laboratoire des arts vivants interdisciplinaires, qui devrait être dédié à 80% à la recherche-création. Une bonne nouvelle pour les créateurs en danse.

 

Défis et exigences d'un projet de création en danse

La gestion de projets de création alliant danse et numérique a ses exigences propres. Si le financement du numérique semble avoir le vent en poupe, grâce au Plan culturel numérique du Ministère de la Culture et des Communications du Québec et aux subventions offertes par le Conseil des arts et des lettres du Québec notamment, reste que les défis sont nombreux.

Pour la chorégraphe Isabelle Van Grimde, « les échanges avec des artistes d'autres disciplines et avec des penseurs de divers horizons » ont toujours été fondamentaux. Il n'en a pas été autrement avec les œuvres Le corps en question(s) et Symphonie 5.1, réalisées avec l'étroite collaboration de l'artiste visuel et concepteur d'interaction Jérôme Delapierre. La présence de ce collaborateur de premier ordre était essentielle tout au long du processus de création, incluant les périodes de résidences en studio. S'adjoindre des spécialistes qui viennent enrichir la recherche chorégraphique de leur maitrise des technologies, de leur expérience et de leur regard semble donc fondamental pour assurer la réussite de tels projets. Le travail de direction artistique n'en est pas moins exigeant pour le chorégraphe, bien au contraire. S'il n'a pas à maîtriser le langage de ces nouveaux outils, il doit au moins comprendre comment s'en servir dans la création.

 

Le numérique pour les nuls

Justement, les chorégraphes tentés par l'expérience numérique doivent-ils nécessairement se former aux nouvelles technologies? C'est la question qu'a judicieusement posée un auditeur du 5 à 7 Danse et numérique. Pour Isabelle Van Grimde, s'il n'apparaît pas essentiel de maîtriser parfaitement les technologies pour plonger dans l'aventure, reste que l'artiste doit beaucoup apprendre sur le tas et en fonction des particularités de son projet artistique. De son côté, Armando Menicacci considère essentielle la formation à ces nouveaux outils, non pas pour que les artistes en maîtrisent tous les aspects, mais plutôt pour susciter de nouveaux intérêts : « il faut former les gens pour qu'ils sachent ce qu'ils veulent désirer », dit-il, «on ne peut pas former un artiste [mais] on peut favoriser les éléments pour qu'émerge un artiste».

 

Quelques références pour les plus curieux

Vous voulez pousser la réflexion un peu plus loin? Voici quelques ouvrages, articles et plateformes web pour occuper vos longues soirées d'hiver.

Pour la théorie :

Danse et technologies numériques :

Pour vous projeter dans le futur :

Pour mieux connaître le travail d'Isabelle Van Grimde :

 

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À voir cette semaine :

Symphonie 5.1
Van Grimde Corps Secrets
À l'Agora de la danse
Jusqu'au 30 janvier 2016

 

 

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