Représentation et concertation | Le 3 novembre 2016

De gros changements pour la danse jeune public

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Ô Lit!, Bouge de là, Julie Tymchuk © Rolline Laporte

Avec les 25 millions dégagés par le ministère de la Culture et des Communications pour structurer le secteur jeune public d’ici 2021, la danse voit s’ouvrir de belles perspectives d’avenir, mais elle s’inquiète du nouveau mode d’évaluation des compagnies jeune public subventionnées au fonctionnement.

Rendre la culture plus accessible aux jeunes. Telle est la mission dont le ministère de la Culture et des Communications veut s’acquitter en investissant annuellement, et pour cinq ans, 5 M$ pour le jeune public, toutes disciplines artistiques confondues. La tranche des 4 à 11 ans est plus particulièrement visée. Fort de cette manne supplémentaire inattendue pour 2016-2017, le conseil d’administration du Conseil des arts et lettres du Québec (CALQ) a distribué dans le courant de l’été près de 3 M$ et lancé, au début octobre, un appel à projets pour les quelque 2 M$ restants. De quoi la danse a-t-elle bénéficié à cette heure et comment doit-elle se positionner pour saisir cette chance inespérée de développer sa pratique en direction des jeunes publics?

 

La part déjà servie du gâteau
Parmi les 41 organismes de création et de production gratifiés de sommes allant de 12 000 $ à 89 000 $ – tous subventionnés au fonctionnement –, quatre sont des compagnies de danse. Si l’une d’entre elles s’est vu octroyer la plus petite des subventions, la danse récolte néanmoins 10% du presque 1,3 M$ consacré aux créateurs. Optant pour le soutien d’organismes s’adressant exclusivement ou majoritairement au jeune public, le CALQ s’est basé sur le volume d’activités des trois dernières années sur le territoire québécois pour calculer les montants à accorder. Une manière de consolider les structures existantes sans pour autant tenir compte de la diffusion hors Québec ni garantir la récurrence des subventions.

Près de 1,6 million a été par ailleurs partagé entre 91 organismes de diffusion avec des attributions allant de 5 000 $ à 150 000 $.  Aucun diffuseur n’étant à ce jour spécialisé en danse jeune public au Québec, il est difficile de mesurer les retombées potentielles de cet argent supplémentaire pour notre discipline. Et là non plus, pas de récurrence programmée.

 

Rêver grand pour la suite
L’ensemble de la clientèle du CALQ, spécialisée ou non en jeune public, est appelée à déposer un projet pour les quelque 2 M$ restants de l’enveloppe 2016-2017. Créateurs, producteurs, diffuseurs, organismes de services et associations comme le RQD peuvent donc tenter leur chance d’ici le 9 décembre prochain. Les arts de la scène ayant été favorisés lors des premières attributions, toutes les disciplines artistiques sont cette fois en lice. Un comité interne composé de chargés de programmes et de directeurs de services se chargera d’analyser les demandes.

Ce que l’on nous invite à proposer, ce sont des projets hors-normes, qui ne cadrent avec aucun des programmes réguliers du CALQ (lesquels restent ouverts aux demandes plus classiques). Les maîtres-mots pour valider la pertinence de ces projets atypiques sont: audacieux, innovants et structurants. Audacieux comme, par exemple, des créations à gros budget qui innoveraient, entre autres, par une utilisation inédite des technologies, ou encore des programmes de médiation culturelle ambitieux, a-t-on compris lors d’une rencontre au CALQ réunissant le RQD et d’autres associations professionnelles. Structurants comme des projets misant sur le partage des connaissances, la mutualisation de ressources ou visant l'acquisition de nouveaux équipements. Le CALQ invite donc les milieux des arts à rêver grand, indiquant que la nature des projets proposés brossera le portrait des désirs, des besoins et des mesures à mettre en place au fil du temps.

 

«Work in progress» en dialogue avec les associations
Désireux d’utiliser ces 25 M$ afin de renforcer l’offre culturelle pour la jeunesse et d'élargir son accessibilité, le CALQ entend en effet ajuster sa vision de ce qui serait le plus structurant pour le secteur du jeune public à mesure que des projets lui seront proposés et qu’il pourra en estimer les impacts. D’une année à l’autre, les appels à projets pourraient donc avoir des objectifs différents selon les besoins identifiés, l’idée étant de pouvoir évaluer quelles seront les meilleures actions à mettre en œuvre dans le futur. Autrement dit, la façon de gérer l’attribution de ces fonds supplémentaires restera relativement souple d’ici 2021 et les représentants du CALQ se sont entendus avec le RQD et d’autres associations pour garder un dialogue très ouvert afin que cette opération majeure en faveur du développement et du rayonnement des œuvres jeune public porte les meilleurs et les plus durables fruits possible.

On le sait, la danse jeune public est une pratique encore jeune au Québec. Pour qu’elle puisse vraiment profiter des ressources nécessaires à sa croissance, elle a tout intérêt à oser rêver grand et à bien songer les projets qu’elle soumet. Dans cette optique, le RQD a invité une partie de ses acteurs à une rencontre de concertation d’ici le 18 novembre pour discuter des intérêts spécifiques à défendre et des actions structurantes à prioriser.

 

Calmer les inquiétudes
Si la communauté des arts entend suivre de près les résultats des analyses faites par le CALQ pour l’attribution de ces nouveaux crédits, elle s’inquiète beaucoup du choix de soumettre les demandes de Soutien à la mission (anciennement Soutien au fonctionnement) des compagnies jeune public à un comité pluridisciplinaire en arts de la scène. À l’argument que cette mesure est une forme de ghettoïsation de la création jeune public, le CALQ répond que créer pour la jeunesse est une démarche artistique en soi qui requiert des expertises et s’exerce dans des conditions particulières, et que cette manière de fonctionner permettra de développer une vision plus globale du secteur et des enjeux reliant culture et éducation. Se voulant rassurant, il garantit que l’évaluation quadriennale des organismes ne se fera pas uniquement sur une base comparative, mais en tenant bien compte des contextes spécifiques à chaque organisme et à chaque écologie disciplinaire. La bonne nouvelle, c’est que toutes les actions de médiation culturelle et de développement pourront être valorisées. Plus que jamais, il s’agira d’être très stratégique dans la façon de remplir les formulaires. Ils devraient être mis en ligne dans les prochains jours pour un dépôt au plus tard le 1er février 2017. À surveiller.

 

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