Les échos du milieu | Le 5 avril 2018 - Par Ivanie Aubin-Malo

Où en est la danse autochtone au Kebec? / Tan Skicinuwey pemkamok kebec eliyewik?

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Ivanie Aubin-Malo dans KTAHKOMIQ (des productions Ondinnok), avril 2017 © MBT photographie / Myriam Baril-Tessier

En mai 2017, Ondinnok organisait l’État des lieux sur les arts autochtones. Assis en cercle, visages connus et moins connus, jeunes et moins jeunes, nous étions là pour raconter et partager notre histoire, nos expériences en tant qu’artistes autochtones du Québec. Près d’un an plus tard, alors que vient d’être publié le Manifeste pour l’avancement des arts, des artistes et des organisations artistiques autochtones au Québec, que j’ai évidemment signé, qu’en est-il de l’avancement de la danse autochtone sur le territoire?

Amener la danse dans les communautés
Personnellement, j’ai commencé à danser à l’adolescence, lorsque je ne trouvais pas les mots pour exprimer ce que je vivais à l’intérieur de moi. J’ai exprimé beaucoup de choses en dansant, sans avoir à les expliquer. Ayant séjourné dernièrement en communauté malécite de Tobique pendant deux mois, j’ai été étonnée de voir que la danse est un des moyens d’expression artistique parmi les moins présents. Pourtant, je suis certaine que la danse a beaucoup à apporter dans les communautés plus isolées et qu’elle peut jouer un rôle positif autant sur l’équilibre émotionnel, le respect du corps, la guérison, le développement de talents que la confiance en soi. 

Les autochtones dans les communautés contribuent à la diversité et à la richesse du Québec en termes de culture, de perspectives nouvelles et de lien avec le territoire. Ils ont beaucoup à transmettre. La danse serait une belle solution à la revitalisation de la culture et des légendes.

Pour reprendre ce que j’ai dit lors de l’État des lieux en mai dernier: «Il y a des gens qui ne sont pas prêts à parler (…) qui ne sont pas prêts à montrer leur art parce qu’ils n’ont pas confiance en ce qu’ils ont à dire. Je pense que c’est ça qu’il faut travailler: prendre le temps de s’asseoir avec une personne et lui dire: "Maintenant, tu peux le dire, tu as l’espace neutre pour le dire."»

Pendant 4 semaines, j’ai eu l’opportunité d’offrir des cours de danse aux jeunes de l’école primaire Mah-Sos de la communauté de Tobique. J’ai pu constater à quel point les enfants ressentaient du plaisir et de la libération dans ces moments de danse. J’ai pu remarquer l’aisance d’un jeune garçon malécite qui était le premier à répondre aux questions sur le tambour et la danse. Son enseignante m’a ensuite expliqué qu’il parlait très rarement aux gens et qu’elle était agréablement surprise de l’avoir vu participer si activement au cours.

Développer le regard du public
La danse autochtone demande aussi à se raconter. Son histoire gagnerait à être enseignée dans les cours d’histoire de l’art et dans les écoles de danse du Québec. On commence tout juste à entendre l’intérêt des établissements scolaires québécois pour intégrer l’art autochtone. Mieux vaut tard que jamais!

Je suis convaincue que le public serait plus disponible et aurait un œil plus aiguisé s’il avait accès aux inspirations et aux codes de lecture de la danse autochtone. J’assistais au spectacle FLICKER de Dancers of Damelahamid présenté par Danse Danse dont une abonnée déplorait un manque de technique. J’étais loin d’être d’accord avec elle, considérant la pratique assidue de la compagnie à revigorer les chants et les danses autochtones depuis 50 ans. Pour moi, le rythme, les intentions et la douceur nourrissaient la grande qualité de la pièce. La technique n’est pas seulement dans les corps musclés qui effectuent des prouesses fluides et souples, elle réside aussi dans la justesse des mouvements empreints d’histoire et intergénérationnels des personnages.

J’aimerais profiter de cette tribune pour rendre hommage aux chorégraphes et interprètes autochtones que l’on peut retrouver sur nos scènes. Je pense à Lara Kramer, avec sa compagnie Lara Kramer Danse et à Daina Ashbee, acclamée par le public. Je pense encore à Barbara Diabo et à Leticia Vera, que je vous invite à surveiller. Vous êtes curieux et aimeriez en savoir plus? Je vous invite donc au prochain événement sur la danse autochtone à Tangente, Corps entravé, corps dansant, où la grande majorité de ces artistes seront présentes. Il me ferait un grand plaisir de vous y voir.

Pour une société plus équilibrée, il est primordial d’écouter chacun qui la compose. L’art provoque des échanges et des dialogues. La danse autochtone ne demande qu’à être vue et à se développer. 

 

Ivanie Aubin-Malo
Interprète, enseignante et chorégraphe en danse contemporaine et Pow Wow.
Québécoise et Malécite. 

 

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