Valorisation de la discipline | Le 12 janvier 2017

La Toile-mémoire de la danse livre des secrets sur l'histoire de la formation

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Maurice Béjart en visite dans une classe de Martine Époque au département de danse de l'UQAM © UQAM

Scrutant la Toile-mémoire de la danse au Québec telle une détective, notre recherchiste Gabrielle Larocque a étudié d'un œil expert écoles, troupes de danse et organismes de services du début des années 1940 aux années 1990 pour observer et mettre en évidence des faits marquants de l'évolution de la formation en danse contemporaine.* À quoi ressemblait l’offre de formation en danse contemporaine dans le Québec des années 1960? Pourquoi les années 1980 ont-elles marqué un tournant dans l'enseignement de la danse? Remontons le temps avec Gabrielle pour le savoir.

 

Des chorégraphes se démarquent comme pédagogues
Dès le début des années 1940, Elsie Salomons offre une formation technique puisant autant dans la danse classique que la danse moderne et l’improvisation tandis que Ruth Sorel enseigne la danse expressionniste allemande (Ausdruckstanz) à de futures étoiles des Grands Ballets Canadiens. Ces femmes chorégraphes contribuent à la professionnalisation de la relève en ayant un objectif précis: former les artistes qui participeront à leurs spectacles.

 

Les premières écoles
Tandis que la danse classique est enseignée dès le début des années 1950 par les Ballets Chiriaeff et leur école affiliée, c'est à partir des années 1960 que des troupes professionnelles de danse contemporaine mettent sur pied leurs propres écoles. Le lien entre pratique artistique et enseignement se transforme alors. Non seulement ces écoles pallient au manque de formation professionnelle de l’époque, mais elles favorisent aussi la rétention des danseurs au sein des troupes en leur donnant l'opportunité d'enseigner à leur tour.

Françoise Riopelle et Jeanne Renaud fondent ainsi l’École de danse moderne de Montréal associée au Groupe du même nom (1961). Située au Studio Rialto Hall, sur l’avenue du Parc, l’école dispense des cours techniques, d’improvisation et d’interprétation fortement influencés par la danse moderne américaine. L'École Nouvelle Aire (1971), associée au Groupe Nouvelle Aire, dispense des classes professionnelles quotidiennes ainsi que des cours pour les amateurs. Y enseignent notamment Michèle Febvre, Sylvie Pinard, Michel Boudot et Fernand Nault. L’École Pointépiénu (1978) apparaît deux ans après la création de la troupe du même nom. Fortement inspirée de l’école de Maurice Béjart, elle constitue un important centre de formation professionnelle de la région de Montréal et dans les années 1980, on y dénombre environ 600 élèves et 21 professeurs de danse classique, moderne et jazz dont Christina Coleman et Isabelle Van Grimde. Enfin, la troupe Danse Partout et son école éponyme (1978) offrent, à Québec, une diversité d’approches et de techniques: des cours de danse classique, moderne, créative et de ballet-jazz, mais aussi des cours de théâtre, de mime et de clown.

Toutes ces écoles sont donc étroitement liées à une troupe ou à une compagnie de danse sans pour autant n’enseigner que le répertoire des chorégraphes attitrés! Au-delà de l'objectif de professionnalisation de la relève, on imagine l'impact économique significatif qu'elles ont pu représenter pour les compagnies, les chorégraphes et les artistes-enseignants qui diversifient désormais leurs activités professionnelles en danse.

 

Le tournant des années 1980
Le département de danse de l'UQAM, l'École de danse contemporaine de Montréal (originellement nommée LADMMI), le département de danse de Concordia, l'École de danse de Québec… Les établissements d'enseignement de danse contemporaine reconnus aujourd’hui ont tous été créés entre 1979 et 1990. Avec l’éclosion de ces programmes universitaires et collégiaux, la pédagogie se structure: des objectifs d’apprentissage et de développement de compétences sont établis, l'offre de stages de perfectionnement et de classes de maîtres augmente significativement et des chorégraphes commencent à créer en contexte pédagogique.

À la fin des années 1980, l’apparition des organismes de services renouvelle les manières de faire. Le Studio 303 (1989) et Circuit-Est (1987) offrent à leur tour des services de formation. Le RQD embarque dans l'aventure en offrant des classes de maîtres et en mettant sur pied le Programme de remboursement des classes d’entraînement à partir de 1994. Depuis, l'offre de formation continue ne cesse de se diversifier et joue un rôle essentiel aux côtés d'une formation initiale solidement inscrite dans l'écosystème de la danse professionnelle.

 

Pour aller plus loin, consultez les Trajectoires de la Toile-mémoire de la danse:

 

* Les faits et hypothèses énoncés dans cet article ont été tirés de la Toile-mémoire par Gabrielle Larocque, chargée de projet au RQD, aux fins d'une conférence présentée lors du Colloque L’art du divertissement du 18e siècle à nos jours: pratique, performance, formation (25 novembre 2016) au Musée québécois de culture populaire à Trois-Rivières. 
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