Représentation et concertation | Le 7 juin 2018

CAMP: quatre pays s’allient pour mieux cerner les enjeux de diffusion des arts de la scène à l'international

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De g à d: Denis Bergeron, Magnus Nordberg, Sarah Rogers, Lene Bang Henningsen, Dani Fecko et Menno Plukker. Table ronde du FTA © Coralie Muroni, RQD

Ils vivent au Canada, en Suède, aux Pays-Bas et au Danemark. Ils sont agents, producteurs ou managers de compagnies et partagent l'objectif commun de soutenir le développement artistique en agissant comme intermédiaires entre l’artiste et ses partenaires et lieux de diffusion. Quatre représentants d’artistes en danse ont décidé d’unir leurs forces pour réfléchir ensemble à l’avenir de leur métier. Au sein du projet de recherche CAMP (Creative Agent Manager Producer), ils étudient le rôle et la place de l’agent dans l’écosystème des arts de la scène au Canada et dans le monde.
 

«Nous avons ressenti le besoin de nous unir et de collaborer dans un esprit non compétitif. Nous croyons que la compétition est saine, mais que des alliances sont nécessaires. À travers notre pratique, nous nourrissons et nous véhiculons des valeurs auprès de nos collaborateurs et communautés.» – CAMP

Un projet au long cours
CAMP se veut avant tout une expérimentation participative pour aborder les enjeux artistiques, éthiques et financiers du métier et réfléchir aux manières d’en assurer la pérennité. Les prémisses du projet remontent à 2016, quand des discussions sont amorcées au sein d’un groupe informel qui réunit les quatre membres fondateurs de CAMP: l’ancien agent québécois, Denis Bergeron, auquel succède Adrien Bussy (Montréal, Canada), Magnus Nordberg (Stockholm, Suède), Line Rousseau (Tilburg, Pays-Bas) et Lene Bang Henningsen (Copenhague, Danemark). En 2017, le Festival TransAmériques et le B.MOTION Festival (Italie) leur offrent un espace d’échanges et de réflexions sous forme de résidences. La voie est ouverte pour qu’émerge CAMP, qui jettera désormais son ancre deux fois par an dans divers grands festivals internationaux.
 

«Ce projet doit permettre de questionner les lacunes et faiblesses inhérentes à la pratique des agents, producteurs et managers en danse: manque de transparence, de sécurité, de viabilité et de durabilité. CAMP doit par ailleurs clarifier la réalité de notre rôle dans le secteur.» – CAMP

Que vise CAMP?

  • Faire valoir la vision à 360° que développe l'intermédiaire entre l'artiste et le diffuseur (qu’il porte le titre d’agent, de manager ou de producteur).
  • Faire reconnaître la valeur et le rôle de l’agent, manager ou producteur dans l’écosystème de la danse et des arts de la scène par les instances subventionnaires.
  • Assurer la viabilité et la durabilité d’un métier aux conditions trop souvent précaires.
  • Articuler les enjeux reliés à la viabilité financière de leur pratique et susciter de nouvelles approches économiques dans les communautés artistiques.
  • Renforcer le rôle des agents dans un écosystème sain, notamment en réfléchissant à la pertinence d’un code de comportement.
  • Encourager le renforcement des compétences.
  • Transmettre les savoir et savoir-faire aux générations à venir.
     

«Nous affirmons que le savoir-faire des agents, managers et producteurs génère un retour sur l’investissement des bailleurs de fonds publics et privés, non seulement pour la communauté artistique en soi, mais aussi pour les entreprises connexes et les communautés. Nous voulons mettre ce savoir-faire en valeur.» – CAMP

Escale montréalaise
Le FTA accueillait donc cette semaine la première étape officielle du projet. Cinq sessions de travail à huis clos ont rassemblé les membres fondateurs auxquels se sont ajoutés agents et producteurs invités, artistes locaux, ainsi que commissaires, programmateurs et représentants des conseils des arts. Un riche programme qui s’est conclu par la table ronde Agents et producteurs: forger des maillons forts, donnant la parole à d’autres joueurs, comme le Canadien Menno Plukker, agent indépendant depuis près de 30 ans. Particulièrement stimulé par l'ouverture de nouveaux marchés, il se sent toujours aussi privilégié d’accompagner le développement d’artistes phares comme de la relève. Son homologue vancouvéroise, Dani Fecko, pointait pour sa part comme il lui semble essentiel que le représentant d'artiste regarde loin en avant, anticipe les changements à venir dans l’écologie mondiale des arts de la scène pour imaginer la diffusion de demain. Enjeux de diversité, de relève, de reconnaissance et de précarité ont encore été soulevés.

Prochaines haltes
CAMP poursuivra ses réflexions ces deux prochaines années avec des escales au Gothenburg Dance et au Theatre Festival (Suède) en août 2018, puis aux Pays-Bas et au Danemark en 2019, avant de tirer leurs conclusions en 2020. Souhaitons que ce périple leur permette de faire reconnaître le rôle des agents et producteurs comme un maillon déterminant de l’écologie de la danse et des arts de la scène ici comme ailleurs.

 

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