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Le Chantier de la mémoire : célébrer la passation des savoirs de la danse

Au cours des Grands Chantiers de la danse, et plus précisément au sein du Chantier Territoires de la danse : ancrages et nomadisme, a germé un projet riche et inspirant, révélateur du façonnement de l’identité de la danse québécoise : le « chantier de la mémoire ».

Un chantier inspiré par l’héritage d’Iro Tembeck, décédée précocement en 2004, qui aura été professeure au Département de danse de l’Université du Québec à Montréal et auteure d’un ouvrage d’importance intitulé Danser à Montréal, germination d’une histoire chorégraphique . Pendant plus de 20 ans, les recherches et les nombreux articles d’Iro Tembeck sur l’histoire de la danse d’ici auront permis de lever le voile sur une partie mal connue de notre propre histoire, en particulier la première moitié du 20e siècle.

Des travaux réalisés dans ce chantier de la mémoire depuis juin 2008, seule a été rendue publique la première version de la Toile-mémoire de la danse du Québec, un objet dévoilé lors de la soirée d’ouverture des Seconds États généraux de la danse professionnelle du Québec, le 23 avril 2009. En voici ici une présentation un peu plus fournie.

Une figure insolite : la Toile-mémoire de la danse au Québec
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ÉTATS GÉNÉRAUX

La Toile-mémoire de la danse n’est pas un arbre généalogique. Elle n’est pas non plus le fruit d’une recherche exhaustive qui aurait une prétention scientifique. Elle est plutôt la transposition visuelle d’un récit, celui de la danse québécoise au 20e siècle, à partir de faits d’histoire déjà répertoriés. La Toile-mémoire est un choix esthétique, une allusion à la toile de l’artiste comme à la toile d’araignée. Elle s’est dessinée progressivement comme une constellation, sans point de départ ni point d’arrivée. Sa forme organique tient à nous rappeler que l’histoire demeure une matière vivante aux mille embranchements et que l’exercice de mémoire est à perpétuer. Comme l’écrivait Jacques Lacoursière : « [La mémoire est] un regard sur le passé transformé en engagement dans le présent et pour l’avenir. »

Que montre la Toile? Elle est d’abord une représentation visuelle d’une partie de l’histoire de la danse au Québec. Autant que possible, son but est d’en rassembler ses principaux acteurs humains et institutionnels afin d’en faire apparaître les filiations. La Toile-mémoire s’est construite à partir d’éléments jugés structurants : des chorégraphes, des compagnies, des lieux de formation et de diffusion, des directions artistiques, des interprètes. Ont été privilégié les carrefours et les points de rencontres, que l’on pense aux Grands Ballets Canadiens, au Groupe Nouvelle Aire, au Groupe de la Place Royale, aux universités et aux écoles. Autant de points de concentration des expériences et des pratiques qui donnent à voir un aperçu de la passation des savoirs : par l’enseignement, la collaboration, la chorégraphie, la diffusion.

L’exercice de la Toile comporte certes sa part d’utopie, sa part d’erreurs également. C’est pourquoi la première version qui a été présentée lors des États généraux n’a pas été distribuée à ce jour. Les commentaires recueillis, les ajouts proposés, les filiations erronées sont au plan de travail en vue de l’édition d’une seconde version, revue, corrigée et augmentée. Et si la diversité et le métissage ont toujours fait partie du paysage de la danse au Québec, et que cette diversité est apparente sur la Toile, la seconde version n’en sera que plus riche encore.

Ceci vient toucher à ce que la Toile ne montre pas, voire, ce qu’elle dissimule. Les filiations qu’elle peint s’arrêtent aux limites géographiques du territoire québécois : y sont donc absentes les ramifications avec la danse européenne, américaine, africaine, indienne, asiatique, mais aussi la danse d’ailleurs au Canada. Y sont manquantes les filiations avec des disciplines connexes à la danse et les riches relations artistiques développées avec les collaborateurs, les compositeurs, les scénographes, les concepteurs des éclairages et des costumes, etc. Certes, à en juger par cette liste de noms manquants, l’exercice de la Toile aurait pu sembler vain, puisqu’il est évident que la danse d’ici ne s’est pas développée isolément. Or, l’engagement envers la survie de notre patrimoine ne peut être indéfiniment retardé sous prétexte que l’exercice sera forcément incomplet. La Toile-mémoire est un point de départ et, espérons-le, une source d’inspiration pour que la question du patrimoine dansé devienne une préoccupation largement partagée.

toile-mémoirePour arriver à réaliser cette première version, les remerciements vont en premier lieu à l’équipe qui y a travaillé : Catherine Lavoie-Marcus, avec l’appui de Michèle Febvre et de Philip Szporer. Plusieurs spécialistes ont été consultés au long de l’aventure : Vincent Warren, Marie Beaulieu, Amy Bowring (Dance Collection Danse), Linda Rabin, Jeanne Renaud, Linde Howe-Beck, Geneviève Salbaing, Pierre Chartrand, Myriam Belzile, Élaine Delorimier et Pierre Lapointe.

Le projet a nécessité de recenser ce qui existait sur le sujet (monographies, articles, dictionnaires, archives, etc.) et de recueillir plusieurs témoignages des acteurs de la danse. De ces fouilles multiples a émergé un constat brutal : les efforts pour assurer la sauvegarde du patrimoine sont trop isolés et les fonds d’archives sont en péril. Le danger qui guette: encourir la perte d’une mémoire, ne pas profiter des connaissances de ceux qui en sont les gardiens. À ce propos, le RQD publiait en avril dernier dans le I-Mouvance un texte de Marie-Josée Lecours, ex-danseuse et bibliothécaire (M.S.I) à la Bibliothèque de la danse de l’École supérieure de ballet contemporain de Montréal.

À venir : la chronologie comparée de la danse au Québec

Bien qu’elle ait été la première dévoilée, la Toile-mémoire n’est pas le premier outil développé au sein du Chantier de la mémoire. L’élaboration de la Toile-mémoire exigeait nombre de recherches préliminaires couvrant un champ beaucoup plus large que celui dont la Toile fait le portrait. Ces informations ont été rassemblées et systématisées sous la forme d’un tableau, tenant sur une quarantaine de pages, un document intitulé temporairement Chronologie comparée de la danse au Québec. Ce document fournit une lecture chronologique (débutant au 17e siècle) des innovations québécoises en danse et répertorie les œuvres marquantes (classées en fonction de leur genre), en parallèle avec d’œuvres réalisées ailleurs au Canada et à l’étranger. Des éléments marquants du contexte politique et socioculturel sont aussi nommés, de façon à offrir une vision dynamique et plus compréhensive de l’histoire. Il est à souhaiter que le RQD puisse obtenir un financement spécifique afin qu’il puisse apporter les dernières touches à ce document d’envergure et orchestrer sa diffusion.

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Tembeck, Iro. Danser à Montréal : Germination d'une histoire chorégraphique, Québec, Presses de l'Université du Québec, 1991, 335 pages.
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Ce texte a été remanié à partir du rapport de projet de Catherine Lavoie-Marcus.

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