Budget fédéral 2007 :
Des miettes pour les arts et la culture

La communauté des arts et des lettres a rapidement réagi au budget fédéral 2007-2008, présenté le lundi 19 mars par le ministre des Finances, Jim Flaherty. Encore une fois, le peu de place accordée aux demandes du milieu, à quelques exceptions près, engendre incertitude et déception. Homme de mots et d’esprit, le député bloquiste Maka Kotto est peut-être celui qui a résumé le plus poétiquement la situation, lorsqu’il est intervenu à la Chambre des Communes le 21 mars : « La convention de l'UNESCO sur la diversité culturelle est entrée en vigueur dimanche dernier. Au lendemain de cette date historique, le milieu culturel s'attendait à un geste significatif de la part des conservateurs dans leur laïus budgétaire. Ce fut un véritable pied de nez. Les masques tombent! »

Comme l’explique Stéphane Baillargeon dans un article publié le 21 mars 2007 dans Le Devoir, « le secteur des festivals est heureux. Tout le reste des arts et de la culture, ou presque, se désole du nouveau budget fédéral. » En effet, le budget fédéral, qui regroupe ses initiatives culturelles sous la bannière «Célébrer notre culture », comporte 30 millions de dollars par année pour l’appui aux «festivals locaux des arts et du patrimoine», ce qui pourrait compenser pour les pertes de financement dues à la disparition du programme des commandites. Rien n’est toutefois prévu pour une politique muséale, aucun fonds n’est destiné à des mesures fiscales pour les artistes et, surtout, l’augmentation ponctuelle de 30 millions de dollars à l’enveloppe du Conseil des Arts du Canada (CAC) ne fait pas l’objet de récurrence, comme l’aurait souhaité la quasi-totalité du milieu artistique et culturel.

Dans une lettre émise au lendemain de la présentation du budget, la Conférence Canadienne des Arts ne semble pas impressionnée par l’offre des conservateurs en matière de culture, qu’elle qualifie de «série décousue de propositions intéressantes en soi mais modestes» et encore de «petits pas disjoints». Comme le Mouvement pour les arts et les lettres, la CCA fait partie des organismes qui ont présenté un mémoire au Comité permanent des Finances à la Chambre des communes lors des dernières consultations prébudgétaires, et dont l’une des recommandations portait sur l’augmentation récurrente et significative du budget du CAC. À noter que la CCA a publié une analyse fort éclairante du budget Flaherty dans son bulletin du 22 mars 2007.

La Coalition Canadienne des arts a elle aussi clairement démontré sa déception à la suite du budget, elle qui avait contribué à convaincre le Comité permanent de porter le budget annuel du Conseil à 300 millions de dollars. La vice-présidente de la Coalition, madame Anne-Marie Jean a déclaré au journaliste Paul Cauchon (Le Devoir, 20 mars 2006) que le budget est «…très décevant. Il n'y a rien pour le Conseil des arts. On ne mentionne absolument rien. Il y a de l'argent pour les festivals locaux et patrimoniaux, c'est bien, mais c'est de la diffusion. Ce n'est pas un soutien à la création. » Le Mouvement pour les arts et les lettres est également estomaqué que le gouvernement n’ait pas suivi la recommandation du Comité permanent des Finances qui proposait, à l’automne dernier, de faire passer le budget du CAC à 300 M $ annuellement. Dans son communiqué émis le 20 mars, un des porte-parole du Mouvement, monsieur Bastien Gilbert, s’inquiète du fait qu’à tout moment le budget du Conseil des Arts puisse subir un recul important, ce qui aurait sans nul doute des conséquences désastreuses…

La minceur de l’offre culturelle comprise dans le budget est d’autant plus attristante que depuis deux ans, la Coalition Canadienne des Arts, épaulée au Québec par le Mouvement pour les arts et les lettres, a mené de front plusieurs campagnes pour sensibiliser les élus fédéraux à l’importance du financement des arts et de la culture. Les députés auront donc fait la sourde oreille… Reste à savoir si le prochain gouvernement québécois utilisera une partie des sommes provenant du transfert fédéral-provincial pour pallier les manques engendrés par  les nombreux « oublis » de monsieur Flaherty envers les arts et les lettres. C’est ce qu’on pourrait appeler l’ironie du sort…

Retourner au sommaire du numéro de mars 2007

© i-mouvance est édité par le Regroupement québécois de la danse.
Les articles signés expriment l'opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du RQD.

Pour toute information : info@quebecdanse.org

 
 
 

Carte du site Politique éditoriale | Crédits
© Copyright 2005. Tous droits réservés. Regroupement québécois de la danse.