Une ministre à l’écoute de la danse ?
Le RQD dresse le bilan des actions de Line Beauchamp, ministre de la Culture et des Communications, qui ont ou auront un impact direct sur la danse professionnelle québécoise.

À la veille de la campagne électorale provinciale et au moment où la ministre Line Beauchamp présente un bilan très positif de ses réalisations (lisez l'article publié le 19 février 2007 dans Le Devoir), nous vous proposons un bref retour sur les gestes de la ministre qui ont touché ou toucheront le milieu de la danse professionnelle québécoise. Nous savons qu'elle a apporté un fier coup de pouce au milieu du cinéma; qu'elle a participé très activement à la promotion de la Convention de l'UNESCO sur la diversité culturelle; et qu'elle se dit préoccupée par l'enjeu des nouvelles plates-formes de diffusion de la culture. Mais a-t-elle, au cours de son mandat, acquis une meilleure compréhension des enjeux de la danse professionnelle? En a-t-elle saisi les enjeux de développement?

Outil de réflexion et utile retour sur les dernière années, le bilan "danse" de madame Line Beauchamp apporte quelques réponses...

Rappelons d’abord qu’à son arrivée au ministère de la Culture et des Communications, en 2004, la ministre présentait un Plan stratégique axé sur quatre enjeux :

1) l’amélioration des conditions de vie professionnelle des créateurs et des artistes ainsi que des conditions facilitant l’accès aux produits, aux œuvres et aux contenus culturels;

2) le développement des publics et la participation citoyenne aux arts, à la culture et aux communications;

3) le rayonnement de la culture et de l’identité québécoise à l’échelle internationale;

4) et la modernisation de la prestation des services culturels.

Notons que l’une des grandes orientations du Plan stratégique visait le soutien à la création, à la production, à la diffusion et à l’accès aux œuvres et aux contenus. La mise en application de ce plan s’est traduite par des initiatives diverses, dont certaines concernent directement la danse…

L’amélioration des conditions de vie de nos artistes
En 2006, pour faire suite aux mesures annoncées dans Pour mieux vivre de l’art, son Plan d’action pour l’amélioration des conditions socioéconomiques des artistes, le MCCQ signe une entente avec la CSST qui, selon la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles, assure aux danseurs professionnels une couverture pendant les séances d’entraînement non reliées à un contrat professionnel. C’est au RQD qu’est confiée la gestion des demandes de réclamation des danseurs à acheminer à la CSST. Cette mesure vient s’ajouter à d’autres réalisations émanant de Pour mieux vivre de l’art, comme la création, en 2004, d’un Secrétariat et d’un Comité permanent à l’amélioration des conditions socioéconomiques des artistes; et la rente d’étalement du revenu artistique annoncée dans le budget 2004-2005 qui, en 2006, ramène à 25 000 $ le seuil minimal initialement fixé à 50 000 $.

Détail important : une des mesures au cœur de Pour mieux vivre de l’art est l’amélioration du revenu par les subventions. En effet, le ministère de la Culture et des Communications y indique que « … malgré les sommes investies au cours des dernières années, les cachets versés aux créateurs et aux artistes par les organismes soutenus par le CALQ demeurent toujours relativement faibles… ». À cet effet, le CALQ introduit cette nouvelle préoccupation dans ses critères d’évaluation, incitant ainsi les organismes soutenus au fonctionnement à verser une rémunération adéquate aux artistes et travailleurs culturels. Toutefois, rappelons qu’avec l’augmentation constante des frais fixes d’opérations et la stagnation des crédits du CALQ alloués à la danse, bon nombre de compagnies doivent rogner sur leurs budgets de création et de production (réduisant d’autant le nombre d’interprètes, de concepteurs et de techniciens à rémunérer), et se priver de ressources essentielles en développement de marchés, en promotion et en communication. Sans une augmentation adéquate et récurrente des crédits alloués à la danse, l’amélioration sensible des conditions de vie et de rémunération des artistes s’avère difficile, voire impossible à réaliser.

Placements Culture : controversé… et populaire!
L’une des initiatives de la ministre ayant fait couler le plus d’encre est très certainement Placements Culture, un programme de 5 millions de dollars (somme non récurrente) mis en place en vue de moderniser la prestation des services culturels tel que le prescrit le Plan stratégique 2005-2008 du MCCQ. En août 2006, la ministre annonce l’ajout d’un autre 5 millions de dollars non récurrents, ceci pour répondre à une demande ayant dépassé les prévisions les plus optimistes. Lors des consultations sur le programme Placements Culture, le RQD avait alors exprimé ses inquiétudes, doutant qu’un nombre significatif d’organismes de danse puissent réellement profiter de ces retombées. Les résultats publiés récemment révèlent que cette première expérience aura permis à Placements Culture de répondre à la demande de 78 organismes (soit environ un demandeur sur deux), dont 9 en danse, comparativement à 23 en musique et 17 en théâtre. Au total, 9,5 millions de dollars pourraient être versés en subventions de contrepartie, ceci SI les organismes inscrits au programme récoltent les 8,3 millions de dollars prévus en financement privé.

L’aide post-boycottage
Février 2006 : d ésireuse d’encourager la fréquentation des arts par les élèves des écoles québécoises, Line Beauchamp pose un geste qui s’inscrit dans la foulée de ses interventions autour du boycottage, en 2005, des activités culturelles par les enseignants. Elle débloque 2,5 millions de dollars en compensations pour les pertes encourues par les organismes du milieu culturel lors du boycottage. Compagnies artistiques, organismes culturels, diffuseurs et artistes bénéficiant d’un soutien au CALQ à la SODEC ou au MCCQ voient ainsi une partie de leurs déficits et de leurs inquiétudes fondre, l’aide accordée pouvant aller jusqu’à 75 % des pertes subies entre septembre et décembre 2005. Un beau cadeau de la Saint-Valentin!

Un soutien accru à la formation en arts
Fin septembre 2006, la ministre de la Culture et des Communications annonce la levée du moratoire et l'ajout de crédits récurrents de 835 700 $ pour les écoles de formation artistique. Cette enveloppe s'ajoute aux 689 300 $ déjà accordés aux établissements de formation supérieure, ce qui porte à 1,5 M$ en 2006-2007 la bonification de l'investissement gouvernemental pour la formation artistique. Ceci répond, du moins partiellement, au rattrapage en soutien public dont devront faire l'objet Les Ateliers de danse moderne de Montréal et l’École de danse de Québec.

Des lieux pour la danse
Le dossier des équipements spécialisés en danse a pour sa part connu de belles avancées sous la gouverne de la ministre Beauchamp. En novembre 2006, après des années de travail et de démarchage de la part des Ateliers de danse moderne de Montréal (LADMMI) pour faire avancer son projet de relocalisation, le MCCQ annonçait un investissement de 6 millions de dollars dans la construction d’un bâtiment qui abritera les nouveaux locaux de cette institution d’enseignement professionnel en danse contemporaine. LADMMI possédera, enfin, des installations à la mesure de sa réputation d’excellence et d’incubateur de talents à l’échelle nationale et internationale.

Puis, au tournant de l’année tombent deux nouvelles longuement attendues. Premièrement, la ministre annonce l’attribution d’une subvention de 1,2 millions de dollars à la Compagnie Marie Chouinard pour l’acquisition d’un édifice situé au 4499, avenue de l’Esplanade, à Montréal, et la réalisation de travaux d’aménagement d’un centre de production et de création répondant aux exigences de la danse. C’est un grand rêve qui se réalise pour la chorégraphe, qui a défendu son dossier pendant près d’une décennie avant de le voir aboutir. Pour sa part, la saga ayant entouré la Fondation Jean-Pierre Perreault connaît un heureux dénouement : à quelques jours de la Saint-Valentin 2007, Line Beauchamp annonce une aide financière de 1,9 M$ accordée à Circuit-Est pour occuper l’Espace chorégraphique Jean-Pierre Perreault et pour effectuer les travaux de réfection et de mise aux normes de l’édifice de la rue Sherbrooke. De ce montant, quelque 200 000 $ serviront à l’amélioration des locaux actuels de Circuit-Est, situés rue Saint-André à Montréal. L’ensemble du milieu applaudit la nouvelle et attend avec enthousiasme le détail du calendrier des travaux de réaménagement.

L’aide à la tournée hors Québec
Enfin, Line Beauchamp aura été d’un précieux secours dans le dossier de la diffusion internationale. On sait que la danse fait appel à divers programmes de soutien à la tournée hors Québec, tant au fédéral qu’au provincial, pour mener à bien ses activités de tournée au Canada et à l’étranger. Or, à l’automne 2006, une nouvelle jette dans la tourmente les compagnies de danse et les chorégraphes, déjà aux prises avec les coupures annoncées au ministère des Affaires étrangères (MAE) du Canada, qui soutient la tournée internationale. On apprend que les demandes présentées au CALQ au concours d’octobre 2006 risquent fort d’essuyer un refus par manque de fonds dans l’enveloppe destinée au soutien à la tournée hors Québec, ce qui met en péril les activités de tournée d’une vingtaine de compagnies.

Première victoire : suite aux pressions du milieu et à une intervention publique de la ministre Beauchamp rappelant l’importance du soutien gouvernemental à la tournée à l’étranger, les fonds destinés à PromArts sont rétablis. Puis, dans le dossier de la tournée hors Québec au CALQ, des mois de travail de sensibilisation et de pression de la part du RQD auprès du MCCQ portent fruit : la ministre dégage des fonds supplémentaires pour cette enveloppe – ceci pour répondre aux demandes présentées en octobre 2006 et jugées recevables par le CALQ. Toutefois, le caractère non récurrent de ces crédits laisse appréhender une crise similaire l’an prochain, sachant qu’un investissement supplémentaire annuel d’au moins 350 000 $ est nécessaire pour soutenir la croissance des activités de la danse sur la scène internationale. Ajoutons que les nouveaux fonds destinés à la tournée internationale dans volet culturel de la Politique internationale du Québec ne suffiront pas à la demande. En effet, selon la ventilation du budget culturel de la Politique internationale, le CALQ ne disposera que d’une somme additionnelle d’environ un million de dollars, répartie sur trois ans, pour soutenir la circulation hors Québec des artistes et des compagnies, toutes disciplines confondues. Un montant nettement insuffisant pour maintenir la présence en force de nos compagnies sur la scène internationale, un marché hautement compétitif.

Une perspective d’avenir…
Si madame Beauchamp a fait preuve à répétition d’une volonté réelle d’améliorer les conditions de vie et de pratique des artistes de la danse, il n’en demeure pas moins que les défis de stabilisation et de consolidation de la discipline exigent absolument, et de manière pressante, une augmentation sensible de l’enveloppe allouée au CALQ pour la danse. Mieux lotie, sur le plan des équipements, et sauvée de justesse par l’apport de nouveaux fonds dans l’enveloppe de soutien à la circulation hors Québec grâce aux interventions de la ministre et de son ministère, la danse profitera de cette nouvelle lancée pour mener une autre bataille, celle d’un avenir qui passe par un financement public ajusté à ses besoins de développement, de consolidation et de pérennisation de ses structures et de ses savoir-faire.

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