L’Espace chorégraphique Jean-Pierre Perreault réouvrira ses portes

La communauté de la danse montréalaise n’a plus à retenir son souffle ; l’annonce de la ministre de la Culture et des Communications, madame Line Beauchamp, est tombée le vendredi 9 février dernier : l’Espace chorégraphique Jean-Pierre Perreault réouvrira ses portes prochainement. Et c’est au centre chorégraphique Circuit-est qu’appartient l’insigne honneur de diriger et d’animer cet espace dédié principalement à la création.

Il y a déjà près de quinze ans…
L’histoire de ce lieu débute en 1993 alors que Jean-Pierre Perreault réalise un grand rêve : sa compagnie devient propriétaire de l’église Saint-Robert-Bellarmin, située à l’angle de la rue Sherbrooke et de l’avenue de Lorimier. En collaboration avec les architectes, le chorégraphe travaille d’arrache-pied à la conception des lieux. Les travaux s’avèrent complexes à réaliser et l’inauguration de l’Espace chorégraphique Jean-Pierre Perreault n’a lieu qu’en 2001, le 29 mars plus précisément.

Les choses vont ensuite se détériorer petit à petit, à commencer par la santé du chorégraphe à qui on décèle un cancer de la vessie. Perreault ne survivra que quelques mois au diagnostic et s’éteindra à l’hôpital Notre-Dame, le 3 décembre 2002, non loin de son Espace chorégraphique. La communauté de la danse est très ébranlée par sa disparition fulgurante.

Le 12 mars 2004, la direction artistique de l’Espace chorégraphique Jean-Pierre Perreault est confiée à Guy Cools, l’ex-directeur du prestigieux Vooruit de Belgique. Une confiance certaine est placée en ce grand ambassadeur de la danse flamande. Le nouveau directeur aura toutefois peu à voir avec la déconfiture qui suivra, les projets artistiques de la saison ayant été planifiés avant son entrée en poste.

En mai 2004, la Fondation Jean-Pierre Perreault (FJPP) – la compagnie – entreprend une tournée de près de 40 représentations dans neuf pays pour y présenter la pièce Joe, une œuvre majeure du répertoire du chorégraphe, créée en 1983 pour 32 danseurs. Également, de la mi-mai à la mi-juin 2004, le Centre national des Arts rend hommage au chorégraphe en présentant danse, films, vidéos et exposition sur l’œuvre de cet artiste aux multiples talents. Les petites sociétés, une pièce inédite posthume du chorégraphe, est également présentée à la Cinquième Salle de la Place des Arts et en tournée au Québec.

Malgré les éloges qui fusent de toutes parts, la multiplication des activités de la FJPP et, vraisemblablement, une mauvaise planification des opérations et des finances, menacent sérieusement le bateau. Les artistes en seront les premiers à en faire les frais. En septembre 2004, les interprètes et les artisans de la tournée européenne de Joe, encore sur la route, ne reçoivent plus de salaires. Toutefois, un mois plus tard, Québec et Ottawa débloquent une aide d’urgence pour payer une partie des cachets des artistes toujours en Europe et assurer leur retour au pays.

Le 9 novembre 2004, la clé est mise dans la porte de la FJPP et plusieurs personnes perdent leur emploi. Le 18 novembre 2004, les danseurs de Joe lancent un cri d’alarme au Ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCCQ) par le biais d’une lettre ouverte au quotidien Le Devoir. Ils font valoir le décalage entre la consécration de la pièce en Europe, leur rôle d’ambassadeurs de la culture québécoise et canadienne, et le fait que depuis leur retour certains d’entre eux peinent à subsister, faute d’avoir touché leur plein cachet. Ce n’est que le 9 mars 2005 que les interprètes et les techniciens de Joe recevront les indemnisations promises par les gouvernements pour couvrir les salaires et les per diems impayés.

Entre juillet et décembre 2005, se jouera le sort de la FJPP. Le 19 décembre 2005, les créanciers acceptent finalement une offre de résiliation des dettes de la compagnie, et l’espoir de sauver l’espace de création renaît. Le 17 février 2006, la procédure juridique arrive à terme et le ministère peut enfin confirmer sa promesse : le lieu restera dédié à la danse.

Le 21 septembre 2006, Le Devoir révèle que deux candidats sont en lice pour la reprise de l’Espace chorégraphique Jean-Pierre Perreault, soit l’Agora de la danse, un lieu de diffusion qui s’ouvre de plus en plus aux résidences de création ; et Circuit-Est, un centre de création, de recherche et d’entraînement dont les installations ne suffisent plus à la demande.

Fin de la saga : le 9 février 2007
C’est par voie de communiqué que le MCCQ annonçait ce vendredi matin, béni des dieux, l’octroi d’une subvention de 1,9 million de dollars accordée à Circuit-Est centre chorégraphique pour réaménager et mettre aux normes l’Espace chorégraphique Jean-Pierre Perreault. L’organisme se voit également confier l’occupation et animation de ce précieux outil collectif.

La communauté de la danse est heureuse de voir que cette malheureuse page de son histoire est enfin tournée et qu’elle pourra, d’ici quelques mois, profiter d’un équipement taillé sur mesure pour ses artistes et ses créateurs.

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