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RETOUR SUR
LES ATELIERS DE LANCEMENT
DES GRANDS CHANTIERS DE LA DANSE
_ATELIER E_
LES TERRITOIRES DE LA DANSE: ANCRAGE ET NOMADISME
Extraits du cahier d’animation, Ateliers
de lancement
EXPLORATION DU LA THÉMATIQUE
Quels sont les territoires de danse? Ce
sont tous ces lieux que la danse occupe, qu’ils
soient physiques, géographiques, artistiques, économiques
ou symboliques. Autrement dit, ces territoires sont multiples
et étendus, du studio de répétition à la
salle de spectacle, en passant par la classe d’entraînement,
la résidence de création, la clinique de
physio, les écrits sur la danse, les images véhiculées
par les médias, les circuits de diffusion régulièrement
empruntés, les régions, les pays et les
continents visités, jusqu’aux traces inscrites
dans la mémoire du corps.
Quels sont ses points
d’ancrage? Les
principaux points d’ancrage de la danse québécoise :
son histoire, son milieu, sa culture et son identité. À la
fois mobiles et fixes, ils deviennent des points de repère
puisqu’ils l’accompagnent dans ces nombreux
déplacements. D’autres ancrages peuvent être
des points de chute habituels dans un trajet de tournée,
des partenaires avec qui l’on a développé des
liens privilégiés, si ce n’est d’amitié,
des endroits que l’on retrouve de tournée
en tournée. Quel que soit le territoire que la danse
occupe (physique, géographique, etc.), ces points
d’ancrage la définissent en propre et la distinguent
des autres.
Statut de nomade? La danse professionnelle
est en déplacement constant, y compris chez elle.
Est-ce par tradition, par choix, par obligation? Pour
se ressourcer? Prolonger la durée de vie de ses œuvres?
Se bâtir une réputation? Faire des affaires?
Le statut de nomade est-il, en partie ou complètement,
essentiel à son dynamisme et sa vitalité?
Est-il possible de concilier l’itinérance
avec le besoin d’ancrages plus solides, et visibles,
sur son propre territoire? Pour développer les
publics de la danse, ici, est-il possible d’accroître
son rayonnement dans l’espace culturel?
MISE EN CONTEXTE
Entre nomadisme et ancrage, une question d’équilibre?
Il est difficile de localiser sur une carte les points
d’ancrage de la danse professionnelle du Québec,
de circonscrire ses territoires. De la même façon
qu’il n’est pas aisé, à moins
de la suivre à la trace dans ses nombreux déplacements,
d’avoir accès à sa culture, son histoire,
son immense savoir-faire, ses réalisations, ce qui
la définit, ce qui la distingue des autres disciplines
des arts de la scène. Il est toujours étrange
de constater que la place occupée par la danse professionnelle
dans l’espace culturel québécois ne
reflète pas le dynamisme et la vitalité qui
l’animent, la réputation d’excellence
qu’elle s’est acquise sur les grandes scènes
du monde. On dénombre pourtant une cinquantaine
de compagnies de danse, une centaine de chorégraphes
indépendants et émergents, plus d’une
dizaine d’organismes de diffusion spécialisée
et de services. On sait que près 50 % de la
danse professionnelle au Canada se pratique au Québec
et que plus de 40 % de ses artistes et travailleurs
culturels résident à Montréal.
D’autres
chiffres révèlent que la
danse professionnelle ne rejoint que 3 % du public
québécois des arts de la scène et
que, sur l’ensemble des représentations de
danse offertes dans une année, près de la
moitié sont des spectacles étrangers. Plusieurs
salles à Montréal présentent de la
danse, mais qui des diffuseurs spécialisés
a vraiment pignon sur rue ou accès à des
salles de spectacle spécialement conçues
en fonction des exigences de la danse? Quant aux équipements
et installations dédiés exclusivement à la
danse, on peut les compter sur les doigts d’une main.
Si plusieurs chercheurs travaillent activement à reconstituer
l’histoire de la danse professionnelle au Québec, à colliger
ses hauts faits et à documenter ses savoirs, peu
de leurs ouvrages circulent pour la peine. Jusqu’à tout
récemment, il n’existait aucune revue spécialisée
en danse, et l’essentiel de ce qui s’écrit
sur la danse (prépapier, dossier de presse, brochure
de saison, communiqué et critique dans les journaux),
s’empile dans les classeurs des compagnies et des
diffuseurs spécialisés. Qui a le temps et
les moyens d’archiver tout cela? Si la danse a gagné en
popularité avec l’émission de grande écoute Le
Match des étoiles, il n’est pas certain
que la danse de recherche et de création y trouve
vraiment sa place.
Parce qu’elle échappe
aux barrières
de la langue, la danse détient en principe un passeport
universel. Dans les faits, elle voyage beaucoup, autant
et sinon plus que sur son propre territoire. Les points
d’ancrage tissés sur la carte du Québec
par le réseau de La danse sur les routes du Québec
avec une quinzaine de diffuseurs, gagnés à la
discipline, sont autant de laboratoires de développement
des publics de la danse. Ils sont précieux mais
inégalement répartis sur le territoire, faute
de moyens ou d’équipements appropriés
pour la danse. On sait que le développement des
publics de la danse est un enjeu qui déborde les
frontières du Québec, mais il se pose ici
dans des termes particuliers, en raison d’une population
totale de quelque sept millions, dont plus de la moitié se
répartit sur un territoire géographique cinq
fois plus grand que la France. Ce faisant, bon an, mal
an, près de 85 % des représentations
de danse au Québec sont diffusés dans la
métropole. Par ailleurs, dans le réseau de
diffusion culturelle de l’île de Montréal,
la danse professionnelle québécoise occupe
26 % de l’ensemble des spectacles qui y sont
présentés annuellement pour un pourcentage équivalent
de spectateurs rejoints.
Ces quelques constats tendent à confirmer
le statut de nomade de la danse professionnelle en même
temps que la fragilité de ses points d’ancrage
sur le territoire québécois. La danse professionnelle
québécoise dispose d’un fort capital
de sympathie et d’admiration, sans compter ses nombreux
et précieux alliés. Mais la place qu’elle
occupe dans l’espace culturel repose sur bien peu
d’assises solides pour accroître véritablement – et
dans la durée – son pouvoir d’action
et de rayonnement. Certains sont enclins à penser
que la danse professionnelle québécoise est
en perte d’identité. La question est posée.
Chercher et trouver un équilibre entre le statut
de nomade et le besoin d’ancrages dans un territoire,
dont il permis de croire qu’il est sa principale
source d’inspiration, est à bien y penser
un enjeu de taille. La discipline n’est-elle pas
rendue à la croisée des chemins?
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