Grands Chantiers de la danse

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DES GRANDS CHANTIERS DE LA DANSE

_ATELIER C_
LES CONDITIONS DU MÉTIER ET LES EXIGENCES DE L'ART

Extraits du cahier d’animation, Ateliers de lancement

EXPLORATION DU LA THÉMATIQUE
Qu’entend-on par les conditions du métier? Les conditions du métier sont les circonstances, les moyens, les contraintes et les résultats rattachés à l’exercice d’une profession donnée. C’est donc un ensemble de facteurs qui détermine le cadre de pratique de chacun des métiers de la danse et les limites à l’intérieur desquelles les individus peuvent mettre à profit leurs compétences et leurs savoir-faire. Si les conditions d’exercice sont spécifiques à chacun des métiers, certaines d’entre elles sont partagées par un nombre élevé d’artistes et de travailleurs en danse. À titre d’exemple, on sait que plus de 75 % de la main-d’œuvre en danse est constituée de travailleurs autonomes et que la majorité des organisations souffre d’un manque criant de ressources humaines.

…par les exigences de l’art? Ce sont l’ensemble des valeurs qui définissent la nature des activités et des résultats visés dans l’exercice de chacun des métiers de la danse. Ces valeurs se déclinent selon des termes techniques, esthétiques, administratifs, organisationnels, relationnels et éthiques. Elles peuvent s’ajuster ou se transformer en fonction des standards de qualité établis par chaque groupe de métier, en accord ou en réaction à ceux fixés par l’environnement externe (idéologie, économie, politique culturelle, politique d’attribution des fonds publics, tendances des marchés, etc.). Plus largement, les exigences de l’art constituent l’ensemble des valeurs intrinsèques à une discipline donnée, partagées par un large groupe d’individus et d’organisations au sein d’une même communauté artistique. Elles peuvent êtres explicites ou implicites, mais elles contribuent à l’identité d’un milieu.

Entre les deux? Est-il possible de trouver une meilleure adéquation entre les conditions d’exercice du métier et les exigences de l’art, individuellement et collectivement? Est-il possible de trouver un meilleur équilibre entre les conditions de vie, les conditions d’exercice du métier et les exigences de l’art?

MISE EN CONTEXTE
Comment la danse veut-elle rencontrer les exigences de son art?
Quand on parle des conditions du métier, on réfère le plus souvent aux réalités socioéconomiques des artistes et des travailleurs de la danse. Précarité de l’emploi, revenus en deçà du salaire moyen pour des fonctions similaires dans d’autres secteurs d’activité (voire sous le seuil de la pauvreté), surcharge de travail ou, au contraire, contrats sporadiques sont le lot de bien des artistes et des travailleurs de la danse. Les causes sont connues, et la plus évidente pour tous est l’insuffisance devenue chronique du financement public, tous paliers confondus. Et si l’arbre empêchait de voir la forêt?

Si le financement public vient soutenir la production des activités (recherche, création, production, présentation de spectacles, promotion, développement de marché, développement de public, offre de cours, etc.), il faut pouvoir compter sur des revenus diversifiés pour arriver à balancer son budget d’opération. Plus souvent qu’autrement, ces revenus sont incertains, sinon décevants, d’où l’obligation de prévoir les coups en réduisant les coûts en ressources humaines et artistiques et, bien entendu, dans les frais de production. En l’absence d’une réelle marge de manœuvre financière, difficile d’assumer le risque artistique, synonyme dans bien des cas de déficit financier, pour un producteur, un diffuseur ou un dispensateur de services. Même si l’excellence et la renommée de la danse professionnelle au Québec reposent essentiellement sur ses audaces en recherche, en création, en programmation et sur sa capacité de renouvellement, le financement public ne répond pas comme il se devrait. C’est donc dire que les exigences à rencontrer sont élevées, qu’elles soient artistiques ou financières, et que ce qui peut se négocier est la capacité d’adaptation de l’humain au contexte. 

Parmi les aménagements possibles dans un budget d’opérations étriqué : la compression du temps alloué au processus de recherche, de création, de production, aux étapes de rodage, montage et démontage d’un spectacle; le gel des salaires et des cachets ou la réduction des services offerts. Sans compter les économies réalisées en limitant, ou en coupant, dans les outils de promotion et les encarts publicitaires, en misant sur des prêts de locaux, d’équipements, et en utilisant avec ingéniosité le troc et le système D. Il est de pratique courante d’équilibrer son budget, ou de réduire un déficit, en comptant sur l’investissement des individus en temps non rémunéré, en salaire réinvesti, en dépenses assumées à même son budget personnel. Si ce type d’investissement permet de maintenir la chaîne de production et de réaliser les activités prévues au plan annuel, il n’améliore pas vraiment les conditions d’exercice du métier.

Une trop grande inadéquation entre les conditions d’exercice et les exigences artistiques que l’on cherche à atteindre (ou que l’on doit atteindre), individuellement ou collectivement, génère des tensions et des conflits qui affectent la qualité des résultats, la santé des individus et des organisations, le dynamisme de la discipline et la vitalité de l’écosystème de la danse. Il est vrai que l’environnement social, économique et politique a des incidences, parfois très fortes, sur les conditions du métier et la nature des exigences à rencontrer. Dans un environnement où les retombées économiques d’une entreprise, y compris artistique, tendent à devenir la seule mesure du succès, il s’avère tentant de céder sur ses propres exigences artistiques. Mais les compromis, qui peuvent être de tout ordre, sont difficiles à admettre, à partager avec les autres, voire à dénoncer publiquement.

Si l’on ne peut modifier l’environnement externe, à moins d’une très large et forte mobilisation, il reste possible d’améliorer les rapports et les modes de travail. Qu’arriverait-il si on définissait plus clairement les rôles, les responsabilités et les tâches de chacun au sein d’une équipe? Si on planifiait autrement les horaires de travail? Si on formulait explicitement les attentes de part et d’autre? Si on signait des engagements fermes? Si on gérait mieux le partage des gratifications? Et si on se donnait un code d’éthique professionnelle?

Existe-t-il des manières d’être et de faire, sur le plan relationnel, organisationnel et professionnel, qui permettent de s’affranchir véritablement d’un vieux modèle d’autorité du maître sur l’apprenti, du chorégraphe sur l’interprète, du directeur général sur le directeur artistique, ou de l’artiste sur le gestionnaire, du programmateur sur le producteur et ainsi de suite dans la chaîne? Est-il possible de penser que des rapports basés sur le dialogue, plutôt que sur le non-dit, le double discours, la rumeur, la manipulation et sur la reconnaissance mutuelle des apports artistiques des uns et des autres, puissent contribuer à l’amélioration des conditions actuelles du métier?

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