Toile-mémoire de la danse au Québec [1895-2000]

« La Toile-mémoire rappelle autant la toile de l’artiste que celle de l’araignée : un système de lignes générées par l’araignée elle-même et qui permettent de la supporter. Le terme mémoire est compris plutôt comme un exercice que comme un acquis, ou une finalité. Le néologisme Toile-mémoire décrit cette forme nouvelle dont l’organicité des traits suggère un territoire mouvant. »

Catherine Lavoie-Marcus, idéatrice de la Toile-mémoire


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> À propos de la Toile-mémoire

> Trajectoire n° 1 : Premiers lieux d'enseignement professionnels à Montréal

> Trajectoire n° 2 : Les fascinantes ramifications de Véhicule Art

> Trajectoire n° 3 : La tradition classique fait son chemin 

> Trajectoire  4 : Autour d'Iro Tembeck

> Bibliographie sélective

> Centre de documentation

 

Comment est née la Toile-mémoire?

La Toile-mémoire est indissociable du contexte qui l’a vue naître. Elle a pris forme au moment où la communauté de la danse se mobilisait, avec ferveur et enthousiasme, autour des Grands chantiers de la danse. Cette vaste opération de consultation et de concertation, démarrée en 2007, a mené aux Seconds États généraux de la danse professionnelle du Québec en 2009 et à la publication du Plan directeur de la danse professionnelle au Québec 2011-2021. C’est dans ce contexte que s’est imposée la nécessité de poser les jalons d’une histoire de la danse professionnelle au Québec au 20e siècle, un geste supplémentaire pour enrichir l’identité d’un milieu et lui permettre de se réfléchir sur la ligne du temps. C’est fort de cette conviction que le RQD lançait le chantier de la mémoire et s’engageait dans un travail de reconstitution d’une histoire qui prend forme par transmission orale, fruit d’un corps à corps.    

 

D’où vient sa forme?

Faire œuvre de mémoire, voire d’historicisation de la danse, c’est tenter de faire se rencontrer une culture du mouvement et de l’écrit. Dans un premier temps, il a fallu identifier les acteurs ayant contribué à la transmission des savoirs, à la lumière des informations disponibles, dont celles rassemblées par l’historienne de la danse Iro Tembeck. À partir des 315 éléments retenus, le travail a consisté à documenter les relations qu’ils avaient pu entretenir les uns avec les autres au fil des décennies, et ce, afin de pouvoir par la suite les réunir dans des trajets de transmission. En disposant les dessins de ces trajets sur un même plan graphique, de nouveaux liens sont apparus, indiquant des points de rencontre ou de jonction, induisant des réseaux, des zones de concentration ou, au contraire, de séparation, voire de rupture. La Toile est le résultat d’un patient travail de composition graphique, d’une série de choix tant visuels que temporels, géographiques ou stylistiques. Au final, la forme qui s’est imposée fait penser à une constellation animée en permanence par une profusion d’éléments, tel un territoire de nomades marqué par le flux et le foisonnement des échanges.

 

Qu'est-ce qu'elle montre?

La Toile-mémoire rassemble une diversité d’individus, de compagnies, de lieux de formation et de diffusion qui, tous déjà répertoriés, sont reliés entre eux par des filiations historiques de transmission, d’enseignement ou de collaboration artistique. Elle met en scène une histoire faite de multiples récits qui s’éclairent les uns les autres. Au premier plan, on trouve les figures de la danse qui permettent d’appréhender, en second plan, les dimensions esthétiques et stylistiques des différentes filiations. En faisant ressortir des pôles de concentration, la Toile permet, à titre d’exemple, d’identifier des vecteurs ayant favorisé la constitution de grandes familles esthétiques.    
 

 


Comment l'approcher et la parcourir?

En dépit du cadre physique qui en délimite les contours, la Toile-mémoire n’a ni point de départ ni point d’arrivée prédéfini: elle offre, au contraire, plusieurs portes d’entrée dans l’histoire et plusieurs couches d’interprétation. Tel un grand tissage à plusieurs fils, dont la légende en fournit les couleurs, la Toile-mémoire invite à un dialogue entre le passé et le présent en proposant une multitude de récits à découvrir.

On peut y voir, à titre d’exemple, l’empreinte des mouvements migratoires et les regroupements qu’ils ont permis en terre québécoise et, encore plus frappant, l’absence de relations et d’échanges entre les communautés de danse francophone et anglophone, la première se développant à l’est de la Main à Montréal et l’autre, à l’ouest. Bien visibles sur la Toile, ces « deux solitudes » méritent d’être documentées d’un point de vue sociohistorique et disciplinaire.

 

Qu'est-ce qu'elle ne montre pas?

La Toile-mémoire est la concrétisation d’un pari de taille, celui de représenter graphiquement les résultats d’un travail de repérage et de mise en relations des figures de la danse au Québec. Or l’image ne dévoile pas tout. Plusieurs éléments débordent du « cadre » de la Toile et n’ont pu être représentés. Par exemple, de nombreux créateurs ont été formés à l’étranger, mais la Toile ne révèle pas ces influences. Elle ne montre pas la portée des filiations qui se sont tissées avec la danse canadienne, européenne, américaine, africaine, indienne, asiatique, etc. Ces contacts ont pourtant influencé le développement de cet art du corps, intimement lié à des codes culturels et, plus largement, à des cultures, des civilisations. Les apports d’autres disciplines artistiques, théâtre, cirque, mime, arts visuels, littérature, sont également occultés, tout comme le sont ceux des compositeurs, scénographes, répétiteurs, concepteurs lumières, costumes, etc. En cherchant à cerner des vecteurs du développement de la discipline au Québec et au 20e siècle, la figure du chorégraphe s’est imposée, puisque créateur d’œuvres pouvant s’inscrire de façon durable dans l’imaginaire d’une population et d’une culture.

Présentée pour la première fois à la communauté de la danse en avril 2009, dans le cadre des Seconds États généraux de la danse professionnelle au Québec, la Toile-mémoire a suscité débats et interrogations autour précisément des dimensions qu’elle avait choisi d’occulter et, dans certains cas, de figures oubliées ou des filiations contestées. Quoi qu’il en soit, la Toile-mémoire a le mérite de délimiter un champ de recherche et de documentation jusqu’alors insoupçonné et de proposer nombre de pistes à creuser, de récits à développer.  

 

De qui et de quoi s'est-elle inspirée?

Écrire l’histoire, ou la dessiner dans ce cas-ci, résulte toujours d’une rencontre entre un souci d’objectivité et une inévitable subjectivité. La Toile-mémoire n’est pas le fruit d’une approche scientifique, inutile d’y chercher l’exhaustivité! Elle est plutôt le résultat d’une démarche intuitive, procédant par induction et déduction dans le traitement des données tirées des rares écrits disponibles sur l’histoire de la danse au Québec et d’autres sources de première main, souvent partielles ou fragmentaires, en plus d’être éparpillées un peu partout sur le territoire. Quoi qu’il en soit, ce travail de collecte et d’organisation des informations en fonction d’une interprétation filiative a permis de valider des faits, des dates et, dans certains cas, de combler des vides. La Toile-mémoire, non exempte d’imprécisions et de trous noirs, voire d’erreurs, à cette étape-ci des travaux du chantier de la mémoire, est le miroir de nos possibilités et limites en matière de documentation historique.

 

Où en est-elle cinq ans plus tard?

« L’écriture s’est approprié la mémoire au point d’en revendiquer le monopole. L’histoire a été jusqu’à récemment une histoire écrite, produite essentiellement par d’autres écrits, les archives. L’écriture n’est-elle pas devenue le temps de la mémoire? »
Laurier Turgeon, 2010

Grâce à l’obtention d’une subvention de Patrimoine canadien, le RQD s’engageait, à l’automne 2013, avec l’aide d’une stagiaire formée en muséologie, dans une deuxième phase de recherche avec comme objectif de produire une fiche sur chacun des 315 éléments figurant dans la Toile (parcours de formation, réalisations professionnelles, legs artistiques, matériel iconographique, etc.). En 2014, le RQD obtenait une nouvelle subvention, cette fois de la Ville de Montréal, lui permettant d’adjoindre à la recherchiste et coordonnatrice du chantier des ressources à l’écriture et à la recherche iconographique. À l’invitation des Musées de la civilisation, la seconde édition de la Toile-mémoire était intégrée à l’exposition Corps Rebelles, à l’affiche du 10 mars 2015 au 14 février 2016, permettant de rejoindre plus de 100 000 personnes. En 2015-2016, le RQD termine la production de la centaine de fiches restantes ainsi que les travaux de préfiguration devant mener à la création d’une plateforme numérique. Cette plateforme interactive rendra accessibles les contenus associés à la Toile-mémoire et, plus encore, permettra de les alimenter et d’en ajouter. Le RQD entend ainsi contribuer à l’historicisation de la discipline et à la valorisation d’un patrimoine artistique d’une valeur inestimable, mais combien difficile à partager. Il fait enfin un autre pari, celui de susciter l’intérêt pour l’histoire et, pourquoi pas, des vocations de chercheurs et d’historiens.

 

Équipe

Première étape 2008-2009
Réalisation et idéation : Catherine Lavoie-Marcus avec l’appui de Michèle Febvre et Philip Szporer

Comité de validation : Vincent Warren, Marie Beaulieu, Amy Bowring, Linda Rabin, Jeanne Renaud, Linde Howe-Beck, Geneviève Salbaing, Pierre Chartrand, Myriam Belzile, Èlaine Delorimier et Pierre Lapointe
Soutien documentaire : Marie-Josée Lecours et Annie Rodrigue de la Bibliothèque de la danse Vincent-Warren

Conception graphique : Sébastien Théraulaz (subcommunication)

Coordination graphique : Judith Lessard-Bérubé, RQD

Deuxième étape 2013-
Gestion de projet : Lorraine Hébert, RQD
Recherche et coordination : Gabrielle Larocque, RQD
Comité de validation : Marie Beaulieu, Philip Szporer, Vincent Warren, Michèle Febvre

Comité de rédaction : Michèle Febvre, Geneviève Dussault, Frédérique Doyon

Soutien documentaire et iconographique : Marie-Josée Lecours
Premier partenaire : Bibliothèque de la danse Vincent-Warren

Cette deuxième phase a été rendue possible grâce au soutien de Patrimoine canadien (programme Jeunesse Canada au travail) et de l'Entente sur le développement culturel de Montréal intervenue entre la Ville de Montréal et le ministère de la Culture et des Communications du Québec (programme de soutien à la diffusion du patrimoine montréalais).
 

Ressources sur l’histoire et le patrimoine documentaire liés à la danse


Quelques articles sur les défis reliés à l'histoire de la danse

« Introduction, Du matériel à l’immatériel. Nouveaux défis, nouveaux enjeux »,  Laurier Turgeon (2010)

« Le patrimoine de la danse au Québec : état de la situation », Marie-Josée Lecours (2009) 

« Dépasser les frontières disciplinaires », Marina Nordera (2014)

« La construction des histoires de la danse », Vannina Olivesi (2011) [extrait]

« À l’écoute du souvenir », Isabelle Launay (2008) [extrait]

« L’exception culturelle chorégraphique », Katharina Van Dyk (2008) [extrait]


Visitez la section Ressources du portail pour accéder à une bibliographie sélective.
 

Organismes de références

Bibliothèque de la danse Vincent-Warren 

Bibliothèque et Archives nationales du Québec 

Dance Collection Danse 

Fondation Jean-Pierre Perreault

Tangente, centre de documentation 

Ministère de la Culture et des Communications du Québec, Loi sur le patrimoine culturel

UNESCO, Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel

UQAM, Service des archives et Collection spéciale de la Bibliothèque des Arts

Réseau de diffusion des archives du Québec

Entre 2014 et 2016, les travaux sur les figures montréalaises de La toile-mémoire de la danse sont financés par le Programme de soutien à la diffusion du patrimoine montréalais qui bénéficie de l'Entente sur le développement culturel de Montréal intervenue entre la Ville de Montréal et le ministère de la Culture et des Communications.

 

La traduction anglaise de cette page a été financée en partie par le gouvernement du Canada.