Valorisation de la discipline | Le 3 mai 2018

Une formation au CRTD pour contrer les violences psychologiques

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Woman Kicking © Matthew Henry - Burst

Qui n’a jamais vécu ou témoigné de situation conflictuelle dans un milieu de travail ou d’enseignement? De ces conflits ont pu naître des sentiments d’inconfort ou d’injustice, voire des épisodes de violence. Quiconque peut être victime, témoin ou agresseur. Mais comment distinguer le conflit du harcèlement? Et comment agir pour préserver son intégrité psychique? L’atelier intitulé « Autodéfense psychologique contre le harcèlement », offert le 30 avril dernier par le Centre de ressources et transition pour danseurs (CRTD) et animé par Guylaine Martel, visait à donner les moyens de repérer rapidement les signes d’une relation empreinte de harcèlement, à transmettre des outils pour agir contre les gestes d’agression et les abus de pouvoir. Mises en situation concrètes, simulations, discussions animées et partage d’expériences furent les grandes lignes d’une soirée d’empowerment fort éclairante.

Distinguer conflit et harcèlement, colère et agression
La formatrice Guylaine Martel, spécialisée en justice réparatrice, mise tout d’abord sur l’importance de distinguer les concepts de conflit, de colère, d’agression et de violence. La colère, par exemple, ne s’exprime pas toujours de façon violente. Elle est un sentiment normal et peut même être très positive. C’est la manière dont elle se manifeste qui peut devenir problématique. On considère qu’une violence est exercée dès lors qu’un déséquilibre dans les rapports de force s’installe entre les deux parties d’un conflit, lorsque l’une d’entre elles se retrouve en position de supériorité alors que l’autre se sent diminuée, impuissante et non respectée dans son intégrité. Et l’on parle de harcèlement quand il y a une conduite vexatoire, abusive ou humiliante, des paroles, gestes ou comportements hostiles non désirés et l’atteinte à la dignité ou à l’intégrité physique, psychologique ou émotive qui rend le milieu de travail néfaste pour la personne [1].

Reconnaître les signes de violence psychologique
La danse est un milieu particulier où il n’est pas toujours évident d’identifier les situations de harcèlement. Travailler en pleine conscience des dynamiques relationnelles peut s'avérer difficile dans le contexte de création et de recherche en studio, quand les corps sont pleinement engagés et que les danseurs s’oublient pour mieux servir l’œuvre.

Le premier signe qui peut éveiller les soupçons est notre propre ressenti face à une situation. Quand un geste, un comportement ou une parole ne nous plaît pas, cela ne signifie pas nécessairement que l’autre cherche à agresser. Il est cependant important de lui faire part de notre malaise. Bien que cela ne soit pas toujours évident ou facile, bien que diverses peurs nous contraignent souvent à ne rien dire ou ne rien faire, agir dès la reconnaissance d’un nœud peut permettre de régler rapidement un problème et d’identifier s’il s’agit de harcèlement.

Quand l’auteur-e d’un acte qui nous agresse invalide nos doléances, nous exclut ou nous isole des autres, il y a là signes de déséquilibre. Une réponse négative ou méprisante face à un malaise exprimé renseigne sur une éventuelle dynamique d’abus. Car il n’existe aucune bonne raison de supporter un comportement blessant: ni le passé de la personne, ni son (mauvais) sens de l'humour, ni l’absence (prétendue) de mauvaises intentions.

Guylaine Martel mentionne également que des comportements manipulateurs peuvent renforcer la difficulté de dire non. Par exemple, complimenter à outrance le talent d’une personne pour l’accomplissement d’une tâche qu’on veut lui imposer peut lui donner l’impression qu’elle n’a pas d’autre choix que d’accepter. Dans tous les cas, personne ne devrait avoir à se justifier de répondre non à une demande qu’il juge déraisonnable ou dangereuse ni de manifester son désaccord face à un acte qu’il considère irrespectueux ou abusif.

Agir, mais comment?
L’une des premières clés d’autodéfense psychologique est la capacité de rester calme pour exprimer son désaccord, ou son refus face à une situation inacceptable. Sortir de ses gonds ne règle que rarement un problème et peut même servir d’arme à un agresseur pour discréditer sa victime. La technique du questionnement peut aider à maîtriser sa colère. Au lieu d’accuser l’autre, on le questionne sur ses intentions, on lui donne une chance de s’expliquer. On peut aussi faire passer son message avec humour. Le langage non verbal, comme se retirer ou insister du regard, est un puissant outil pour communiquer son désaccord. Un jeu de rôle pendant la formation au CRTD a d'ailleurs démontré l’effet déstabilisant et très efficace que peut avoir un simple regard soutenu.

Une question de société à prendre au sérieux
S’inscrivant dans les actions que multiplient les organismes en arts et en culture pour contrer le problème du harcèlement et autres violences, l’atelier offert par le CRTD a donné à la dizaine de participantes de premiers outils pour préserver leur intégrité psychique et adopter des comportements favorisant des dynamiques relationnelles plus respectueuses. Car assainir les relations de travail et garantir à tous et toutes des environnements exempts de toutes violences, qu’elles soient psychologiques ou sexuelles, relève de nos responsabilités individuelles et collectives.



[1] Commission des normes du travail. Comprendre et prévenir le harcèlement psychologique au travail - Guide pratique de l’employeur. Repéré à http://www.cnesst.gouv.qc.ca/Publications/200/Pages/NT-200-281.aspx

 

 

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