Représentation et concertation | Le 9 mars 2017 - La lettre de Fabienne Cabado

Signes extérieurs de valeur

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Fabienne Cabado © Adrienne Surprenant

Enfin! La danse a enfin pignon sur rue à Montréal! En plein cœur du Quartier des spectacles, dans le somptueux édifice Wilder. Les diffuseurs Tangente et l’Agora de la danse y ont déjà rejoint l’École de danse contemporaine de Montréal (EDCM) et la compagnie des Grands Ballets Canadiens de Montréal (GBCM) s’y installera en juin. Un évènement historique. Une avancée tout aussi majeure pour le développement et le rayonnement de la danse de création et de répertoire au Québec que la Maison pour la danse qui ouvrira prochainement ses portes dans la Capitale-Nationale.

Au soir de la toute première ouverture au public du Wilder Espace danse*, les visiteurs pétillaient de joie, de fierté et d’enthousiasme, transformant symboliquement l’édifice en immense flute de champagne. Malgré les traces bien visibles des travaux encore en cours, le lieu vibrait déjà d’un potentiel de bouillonnement créatif jusqu’alors inconcevable. Avoir enfin un lieu dédié à la danse. Avec des environnements de travail adaptés et inspirants pour les personnels administratifs, quatre salles polyvalentes à géométrie variable, des équipements à la fine pointe des technologies et un laboratoire de recherche et création.

De quoi pouvoir offrir aux créateurs de généreux et si nécessaires programmes de résidences, des conditions optimales de travail et de diffusion. De quoi favoriser l’émulation artistique et la communication intersectorielle grâce aux rencontres, programmées ou impromptues, entre équipes artistiques et administratives, artistes d’horizons esthétiques variés et sémillants étudiants de l’École de danse contemporaine de Montréal – désormais dotés de studios dignes de l’enseignement de niveau supérieur qu’ils reçoivent. Sans compter le brassage des publics entre les clientèles des deux diffuseurs, celles des cours récréatifs de l’EDCM, des ateliers du Centre national de danse-thérapie ou du restaurant des GBCM et les équipes des organismes gouvernemental et paragouvernementaux qui occuperont les étages supérieurs du Wilder.

À la fois incubateur de talents, carrefour de rencontres, espace de recherche, de découverte, de création, de réflexion et de diffusion, le Wilder s’annonce comme un haut lieu d’épanouissement pour la danse professionnelle. En inscrivant cet art dans l’espace public de manière aussi imposante, il valide son importance et sa valeur aux yeux de tous. Car on a beau dire que l’habit ne fait pas le moine, afficher des signes extérieurs de richesse motive la reconnaissance et la considération de monsieur et madame Tout-le-monde.

Cette réalité s’illustre efficacement dans une vidéo de l’UNICEF montrant comment une enfant perdue est aidée de tous quand elle bien vêtue alors que, habillée de haillons, elle suscite la méfiance et le rejet. Des testeurs à l’aveugle qui couronnent un vin, influencés par le prix supposément élevé de la bouteille, en sont un autre exemple. Le cerveau humain est ainsi fait: ce qui évoque la richesse rassure, stimule le désir et l’adhésion. D’où l’avantage particulièrement précieux pour la danse d’avoir pignon sur rue. D’où la nécessité, aussi, de cultiver une forme de vedettariat pour réussir à mieux valoriser l’art chorégraphique dans les médias et donner l’envie au plus grand nombre de venir s’y frotter. Et s’il est dit que la richesse attire la richesse, espérons que les pouvoirs publics, dont les investissements actuels en culture passent à 60% dans le remboursement de projets comme le Wilder, augmenteront leur soutien financier aux artistes pour permettre à la danse de déployer toutes ses richesses et de briller de tous ses feux.


Fabienne Cabado
Directrice générale du RQD 

 

* À l’occasion du premier spectacle de l’Agora de la danse (intra muros) et de Tangente (dans le métro Place-des-arts, en collaboration avec LA SERRE – arts vivants pour le 375e anniversaire de Montréal).
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