Les échos du milieu | Le 1er février 2018 - Par Paule Beaudry

Plaidoyer pour un développement de la danse sur le territoire 

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Paule Beaudry © Maude Léger

Cette saison, cela fait 20 ans que La danse sur les routes du Québec (La DSR) accompagne la diffusion de la danse sur le territoire. Cet outil imaginé par le RQD est encore aujourd’hui cité en exemple dans de nombreux milieux et largement adapté à d’autres réalités. Aujourd’hui, les diffuseurs pluridisciplinaires jouent un rôle crucial dans l'écologie de la danse. Ils sont encore trop fragiles et en quête de reconnaissance de la part des pouvoirs publics.

Des diffuseurs pluridisciplinaires engagés pour la danse
Au chapitre des réussites, il faut faire valoir l’apport des 16 diffuseurs pluridisciplinaires partenaires du Programme de développement de la danse de La DSR qui assurent un réseau de diffusion stable à travers le Québec. Leur engagement est solide, récurrent et durable. Ils développent une vision artistique pour la danse, mettent à contribution du temps et des ressources et entretiennent une connaissance de la création actuelle et de ses diverses tendances. Ils cherchent à fidéliser et accroître les publics par des projets de médiation culturelle, la présence et le contact des artistes avec la population et le déploiement de stratégies de mise en marché novatrices. Pour ce faire, ils misent sur des partenariats dans leur communauté et avec le milieu de la danse.

Cette détermination donne lieu à des initiatives extraordinaires. Elles se réalisent dans des événements comme Le Festival de danse de Châteauguay ou les 24 heures de la danse à Valspec. Elles prennent la forme de Danse au Crépuscule à Repentigny, d’une Semaine de la danse à Joliette ou de 50 jours de la danse dans Lanaudière. Je suis épatée par les capsules de sensibilisation produites par la Spec du Haut-Richelieu ou par les soirées combinées d’artistes émergents d’Odyscène à Ste-Thérèse. L’engagement de la Maison des arts de Laval envers le jeune public se traduit par une offre importante de spectacles de danse aux écoles, tandis que la Salle Pauline-Julien de Ste-Geneviève cultive le maillage entre la danse professionnelle et des centaines de danseurs en herbe. Je pourrais continuer ainsi longtemps. Tous les diffuseurs pluridisciplinaires le diront, si les spectateurs sont au rendez-vous, c’est parce qu’ils y mettent l’énergie, la passion et les ressources.

Autour de ces partenaires, gravitent quelques diffuseurs pluridisciplinaires qui ont choisi, eux aussi, d’offrir de la danse à leurs communautés. À mesure que des salles bien équipées et adaptées se construisent au Québec, de nouveaux lieux de diffusion pour la danse apparaissent. Parfois même, des espaces de création, comme à Repentigny, ou des lieux de résidence, comme à Montmagny. Autre signe des temps, des organisations et leurs milieux revendiquent leur position de pôle de développement de la danse. C’est le cas de la Ville de Québec et des régions de l’Estrie et de Lanaudière.

Nous devons beaucoup au travail de concertation du RQD dont le résultat a mené à la rédaction du Plan directeur de la danse professionnelle au Québec 2011-2021. Ce travail colossal a entre autres cultivé les mots et les moyens pour convaincre et rallier à la cause de nombreux collaborateurs.

Un levier extraordinaire… à mieux doter!
Les artistes, leurs agents, les diffuseurs, tous s’entendent sur une chose : on souhaite un développement pour la danse hors Montréal et Québec encore plus fulgurant et ouvert à tous ceux qui veulent y croiser un public. Je suis de celles qui affirment que la vingtaine de diffuseurs qui a un engagement solide envers la danse accomplit un travail extraordinaire, mais qu’il en faut quatre fois plus. Sur près de 120 diffuseurs pluridisciplinaires professionnels au Québec, seule une poignée présente une programmation récurrente en danse.

Rappelons que les diffuseurs pluridisciplinaires doivent posséder une marge de manœuvre financière pour programmer des disciplines comme la danse, et ce, même avec le soutien de La DSR ou d’un programme similaire. Rappelons aussi que le niveau de soutien public des diffuseurs pluridisciplinaires se situe en moyenne entre 2% et 10% de leurs budgets. Il n’y a pas eu d’investissement massif du côté de la diffusion pluridisciplinaire au provincial ni au fédéral depuis l’arrivée du Fonds du Canada pour la présentation des arts en 2002. Pourtant, à l’échelle de La danse sur les routes du Québec, on est capable d’observer que chaque dollar investi chez les diffuseurs pluridisciplinaires en rapporte entre deux et trois fois plus en cachets pour les compagnies de danse. Étrange encore que du côté des lieux de diffusion spécialisés dont nous sommes si fiers, il soit si difficile d'obtenir un financement adéquat pour les activités de soutien aux artistes.

Pendant ce temps, la route est trop longue pour les jeunes qui rêvent de présenter leurs spectacles en tournée. Même chose du côté de la diversité des cultures et des pratiques et de l’autochtonie. Il manque cruellement d’étapes intermédiaires entre les premiers pas de création d’un artiste et le moment où il produira un spectacle qui partira en tournée. Pourquoi les artistes, les agents, les travailleurs culturels n’ont-ils pas accès à des lieux d’apprentissage où ils seraient payés pour apprendre leur métier? C’est ainsi que la plupart des secteurs s’enrichissent. Le ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale soutient largement ces initiatives qui rapportent ensuite beaucoup à la société et aux régions. Le secteur de la culture représente 3,5% du PIB du Québec. Comment nos travailleurs et artistes pourraient-ils obtenir le temps requis à l’épanouissement de leur plein potentiel tout en pouvant compter sur un encadrement professionnel et un salaire adéquat à toutes les étapes de leur développement?

Alors que toutes les données démontrent l’impact de la diffusion sur le développement d’une discipline artistique et sa capacité à s’ancrer dans une communauté, qu’attend-on pour accorder un investissement massif à la diffusion des disciplines de création sur le territoire?

Ensemble, faisons valoir nos besoins!
Je crois profondément dans la vaste bataille que mène la Coalition La culture, le cœur du Québec. Elle vise à faire reconnaitre le secteur des arts et de la culture comme prioritaire pour la société québécoise. Le 14 février prochain, il y aura une manifestation sur la Colline Parlementaire à Québec. Nous devons y être nombreux pour créer l’impact souhaité. Ensemble, créateurs, travailleurs culturels, agents d’artistes, diffuseurs, nous avons entre les mains un savoir-faire fondamental pour le bien-être de la société. Pour le préserver, le développer, lui donner les ailes qu’il mérite, à nous de nous faire entendre, de laisser monter cette voix si percutante. Et dans 20 ans, nous constaterons que le réseau de diffusion de la danse et des arts de création regroupe 100 diffuseurs, que plusieurs pôles régionaux sont ancrés, que nombreux sont les danseurs et chorégraphes qui habitent et travaillent en région, que les écoles de tout le Québec ont accès à l’extraordinaire univers de la danse, que la diversité des genres et des pratiques y trouvent une place, tout comme les jeunes et les peuples des Premières Nations.

 

Paule Beaudry
Directrice générale de La DSR

 

 

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