Les échos du milieu | Le 14 décembre 2017 - Par Frédérique Doyon

Fructueuses Rencontres de l’Agora de la danse

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Rencontres de l'Agora © Agora de la danse

En parallèle au bouillonnant rendez-vous Parcours Danse se tenaient Les Rencontres de l’Agora de la danse, du 28 novembre au 1er décembre. Attirés par la nouvelle maison de l’Agora au Wilder – Espace danse, une dizaine de membres du European Dancehouse Network (EDN) sont venus rencontrer leurs vis-à-vis Québécois et Canadiens à l’occasion d’une série de spectacles et de conférences. Plusieurs organisations montréalaises étaient au rendez-vous, dont le RQD, Circuit-Est, le Centre de Création O Vertigo (CCOV), le MAI, Studio 303… D’inspirants échanges ont permis de tisser des liens humains avec des institutions dont on connaît souvent seulement un nom ou un visage, et d’apprendre les uns des autres.

L’événement visait d’abord à comprendre ce qu’est une maison de la danse à l’européenne versus les modèles d’institutions ici au Canada. L’EDN, petit frère européen du très grand réseau IETM, abrite 37 «maisons de la danse» d’ampleur et de fonctionnement variables qui remplissent toutes certains critères (sauf une poignée de membres affiliés) tels qu’avoir un lieu pour la diffusion et les résidences, présenter une saison de danse nationale et internationale aux esthétiques diverses, etc. Le modèle européen n’est pas soumis à la segmentation entre création-production et diffusion qui régit les organismes du Québec. Les activités de l’EDN doivent aussi faire valoir les «valeurs européennes», à coups d’ateliers mensuels, de rencontres semestrielles (comme celles de l’Agora), et d’un forum annuel. Ce qui n’empêche par le réseau d’intégrer des maisons non européennes.

Les discussions ont notamment porté sur la nécessité de créer des ponts entre les contenus artistiques des organisations et le contexte social plus large dans lequel elles s’inscrivent. La réalité socio-politique semble infiltrer rapidement dans ces institutions européennes qui servent tout à la fois d’espaces communautaires, culturels et artistiques – n’ayant pas toujours les modèles de maisons de la culture et de centres communautaires élargis que nous avons ici. À Bassano en Italie, où l’extrême droite est au pouvoir et où l’afflux de migrants se mesure quasi quotidiennement, le Centro per la scena contemporanea (CSC) se fait un devoir d’offrir des ateliers aux jeunes mères avec leurs enfants.

Malgré les différences, les mêmes espoirs sont pourtant partagés. Entre la future dancehouse promise à Helsinki en 2020, les toutes récentes «maisons» de Québec et de Montréal adaptées aux nouvelles pratiques de la danse, nous voulons tous offrir des lieux qui inspireront les artistes et les publics et donneront toute sa pertinence à la danse comme forme d’art vivant.

Le dernier après-midi portait sur la relation triangulaire entre l’institution, l’artiste et le public. Place à l’idée du commissariat en art vivant défendue avec passion par Dena Davida, fondatrice et commissaire de Tangente, et mise en acte avec panache par Andrew Tay, artiste et commissaire artistique du CCOV. Puis, un éloquent cri du cœur est venu de la chorégraphe Mélanie Demers: les diffuseurs façonnent-ils trop leurs programmations à l’aune d’un public perçu comme frileux? Elle brandit tout à la fois la difficulté et l’absolue nécessité de résister à la standardisation que le marché impose à l’art de la danse. Selon elle, dans la métaphore du triangle, l’artiste tend à mettre l’institution «en haut» et l’institution y place plutôt le public. Elle ose espérer que le public, lui, y élève plutôt l’artiste… Ce à quoi répondait Àngels Margarit, chorégraphe qui vient de prendre la tête du Mercat del Flors à Barcelone, en tentant d’insuffler les processus artistiques à même le fonctionnement de l’institution.

Bref, de fertiles discussions que l’Agora se promet de poursuivre dans les mois et les années à venir.

 

Frédérique Doyon
Commissaire invitée de l’Agora de la danse

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